Le pays de Bitche en lice pour devenir un observatoire homme-milieu

 
Publié le 5/01/2015 - Mis à jour le 15/01/2015
Fabien Hein

Ces dernières années, à l’Est du département de la Moselle, les hommes et leur milieu font face à de nombreuses déprises. « Le déclencheur a été la fin de la conscription en 1996 » explique Fabien Hein, maître de conférences au Laboratoire lorrain de sciences sociales (2L2S). Le départ des appelés a conduit à la fermeture de lignes ferroviaires, obligeant les habitants à recourir aux transports routiers, avec des conséquences évidentes sur l’environnement. A la déprise ferroviaire s’ajoutent la déprise agricole, militaire, industrielle, démographique, des services publics et du tissu économique.

Des chercheurs du Laboratoire interdisciplinaire des environnements continentaux (LIEC), du Centre d’étude et de recherche en géographie de l’aménagement des paysages et de l’environnement (CERGAPE) et du 2L2S sont unis dans la création d’un observatoire du socio-système du Pays de Bitche. A l’image des huit autres Observatoires Homme-Milieu (OHM) déjà en activité dans le monde sous l’égide du CNRS, l’OHM du Pays de Bitche vise à élucider les conséquences de l’activité humaine sur son environnement. Pour Fabien Hein, « il s’agit de comprendre comment des socio-écosystèmes fortement anthropisés fonctionnent ou dysfonctionent du fait de l’action de l’homme ».

L’intérêt de l’OHM c’est l’interdisciplinarité

Grâce au financement obtenu dans le cadre de l'appel Projets Exploratoires Premier Soutien, PEPS Mirabelle 2014, les chercheurs disposent d’une année pour préparer leur projet. « Je passe mon temps au Pays de Bitche, à expliquer ce que l’on fait » sourit Fabien Hein, pour qui il est primordial d’initier une dynamique avec les acteurs locaux avant que ne débute le projet d’OHM proprement dit. « Au terme des cinq années du financement par le CNRS, nous projetons la publication d’un ouvrage dont le contenu émanera des chercheurs, mais aussi des experts locaux » poursuit le sociologue pour qui « l’intérêt de l’OHM c’est l’interdisciplinarité »

Les OHM sont des structures souples qui invitent à l’indiscipline. Il s’agit d’inventer, d’aller au-delà des carcans académiques. C’est très stimulant ! On ne va pas se satisfaire d’une équipe constituée exclusivement de chercheurs.

Le Parc Régional des Vosges du Nord, l’Office National des Forêts (ONF), des élus, des acteurs du monde associatif et culturel, des historiens locaux… Les ateliers de travail réunissent régulièrement chercheurs et acteurs locaux, dans les laboratoires mais aussi sur place.

La semaine prochaine nous irons visiter des tourbières avec le conservateur des tourbières et des rochers du Pays de Bitche, Loïc Duchamp.

Fabien Hein en est convaincu, « on fait œuvre utile en impliquant les gens. Il s’agit de comprendre les problèmes auxquels font face les acteurs locaux pour les aider à les surmonter ».

« Indiscipline » oblige, tout ne pourra pas être publié dans le cadre des revues scientifiques conventionnelles. Les non-universitaires co-signeront d’ailleurs certains travaux et chapitres de l’ouvrage final. « Peu de choses ont été faites autour du Pays de Bitche, hormis quelques  études quantitatives » souligne Fabien Hein qui a déjà réalisé une soixantaine d’entretiens et identifié de grandes thématiques autour desquelles travailler. « Il y a par ailleurs un fort potentiel de thèses dans ce projet » conclut-il.

Quelques images liées au projet :