Eclairage sur le plan national d’actions pour l’égalité des droits, contre la haine et les discriminations anti-LGBT+ 2020-2023

 
Publié le 12/11/2020 - Mis à jour le 12/05/2023

A l’occasion de la présentation mi-octobre du Plan national d’actions pour l’égalité des droits, contre la haine et les discriminations anti-LGBT+ 2020-2023 par la ministre déléguée à l’Egalité femmes-hommes, à la Diversité et à l’Egalité des chances, Elisabeth Moreno, l’Association Couleurs Gaies a reçu la ministre dans ses locaux à Metz.

En quoi ce plan est une étape importante pour les communautés LGBTQI+ ? Quels sont les points forts de ce nouveau plan ? Que cela va-t-il changer pour les entreprises ? Matthieu Gatipon-Bachette, Président de l’Association Couleurs Gaies, vous propose un décryptage de ce nouveau plan.

Comment comprendre ce plan ? en quoi c'est une étape importante pour les communautés LGBTQI+ ?

M. G-P : Ce plan était très attendu par les acteurs de la lutte contre les haines anti LGBT et le monde associatif en général. L’absence de son renouvellement avait été d’ailleurs relevée par des observateurs internationaux. Il s’agit ici d’une véritable feuille de route qui prend en considération l’ensemble des aspects du quotidien et fixe les objectifs de l’Etat en matière de lutte contre les discriminations liées à l’orientation sexuelle et l’identité de genre. Connaître ces orientations pour les personnes qui agissent sur le terrain est fondamental pour comprendre la vision du gouvernement sur ces questions, fournir des observations à ce sujet et orienter les politiques de nos associations.

Quels sont les points forts de ce plan ?

M. G-P : Ce plan semble mettre le doigt sur une problématique majeure pour les personnes LGBTQI+, à savoir l’égalité réelle. La production abondante de normes juridiques protégeant les minorités sexuelles dans notre société est une bonne chose ; néanmoins, elle doit s’accompagner d’un effort considérable de la puissance publique pour donner de l’effectivité à ces normes.  

La capacité à activer le droit, l’accompagnement des victimes et surtout la formation des personnels en contact direct, comme par exemple l’administration, la police ou encore l’entreprise, sont des étapes indispensables.  

Le plan semble le prendre en considération. Cependant pour réaliser ces objectifs il faudra des moyens humains et financiers conséquents.  

Aujourd’hui, l’effort de formation en termes de lutte contre les discriminations repose beaucoup sur le monde associatif et notamment la mobilisation des personnes concernées. Il faut faire évoluer cette situation vers un système hybride qui laisse une place importante au monde de l’éducation populaire mais qui sache également mobiliser d’autres acteurs comme l’université ou encore la formation professionnelle continue. 

Enfin, le plan marque la volonté de s’appuyer sur le maillage des centres LGBTQI+ présents sur le territoire. L’accueil des publics est fondamental pour pouvoir déterminer les besoins d’un territoire en matière de lutte contre les haines anti LGBT mais aussi pour favoriser le bien-être des populations LGBTQI+. Il faut pouvoir s’adapter au terrain et proposer des actions ciblées. Les Centre LGBTQI+ effectuent ce travail depuis de longues années. Prendre en compte leur expertise est un signe encourageant.

Qu'est ce que cela va changer pour les entreprises ?

M. G-P : L’entreprise et le sport restent des bastions importants pour les haines anti LGBT. Le monde de l’entreprise doit donc davantage s’impliquer.  Le plan s’attache à encourager la formation des personnels d’encadrement par la mise en place d’outils ou d’ateliers et à inciter les entreprises à signer et mettre en œuvre des chartes d’engagement LGBT+ comme celle de l’Autre Cercle. Il s’agit d’initiatives positives qui ne doivent plus être réservées à de grands groupes. 

La volonté d’impliquer les partenaires sociaux et de former les inspecteurs du travail nous semble également bienvenue.  Quand la relation de travail se tend, pouvoir bénéficier de l’appui de personnes formées est déterminant.  

Il faut interroger le modèle du management de la diversité qui s’attache beaucoup à la notion de performance et valorise une image parfois stéréotypée des LGBT dans le monde du travail. Il n’y a pas que des gays doués pour la communication et des lesbiennes carriéristes dans nos entreprises. Comment traitons-nous les personnes LGBT qui ne remplissent pas les objectifs fixés par l’entreprise ? Comment soutenons-nous par exemple un commercial qui entame un parcours de transition et qui ne correspond plus aux « standards » de la société dans laquelle il travaille ? Aujourd’hui dans l’entreprise l’exigence économique prend souvent le pas sur les bonnes intentions. Il est donc important d’impliquer et de former des acteurs habitués à accompagner les situations contentieuses au sein de l’entreprise. Les instances représentatives du personnel, les conseillers prudhommaux ou encore les services de santé au travail ont aussi un rôle à jouer.  

Couleurs Gaies est une association à but non-lucratif, indépendante des partis politiques et des institutions religieuses. Basée Rue des Parmentiers à Metz, l’association est un lieu privilégié où se retrouvent les membres et sympathisants de Couleurs Gaies. Les bénévoles et les militants du centre LGBT y mènent et élaborent des actions. C’est également un lieu de convivialité où vous trouverez une bibliothèque et un bar associatif.