[Retour sur les JEP] Le campus Artem : l’université dans la ville

 
Publié le 26/09/2019 - Mis à jour le 30/09/2019

Au programme du 21 septembre 2019, lors des Journées européennes du patrimoine : les visites commentées du campus Artem, par Claire Alliod de l’Agence de paysage Claire Alliod et Cyril Trétout - architecte urbaniste de l’Agence Nicolas Michelin & Associés (ANMA), suivies de la conférence de Cyril Trétout, ont accueilli un public très nombreux et intéressé.

Eclairage sur ces moments d’échanges.

Un campus de 10 hectares au cœur de la ville… ouvert à tous !

A la question posée par Cyril Trétout aux visiteurs : « Connaissez-vous Artem ? », la réponse est unanime : « Non ! car nous pensons que c’est un campus réservé aux étudiants. »

Assertion démentie par cet architecte urbaniste qui revient sur les objectifs de la construction de ce campus sur l’ancien site militaire Molitor.

En 1999 - date du centenaire du mouvement de l’Ecole de Nancy - les directeurs de Mines Nancy, de l’ICN Business School, de l’Institut supérieur d’administration et de management (ISAM) et de l’Ecole nationale supérieure d’art et de design de Nancy (ENSAD), mettent en commun leurs idées autour du concept de lieux à partager dans la continuité de ce mouvement. Des lieux à échelle humaine, où « l’art, la technologie et le management » sont en interaction avec des espaces ouverts aux riverains… L’alliance ARTEM est née.

En 2006, un concours international est lancé auquel participent des agences d’architecture de renom. L’Agence Nicolas Michelin & Associés est retenue pour un projet qui propose des sites différenciés pour chaque école, des espaces communs que sont la médiathèque, les amphis et la galerie financée et gérée par la Métropole du grand Nancy.

Les travaux commencent en 2009. Mines Nancy ouvre ses portes en 2012, suivent l’ICN Business School, l’Institut Supérieur d’Administration Management (IAE/ISAM) et l’ENSAD en 2016.

L’objectif premier est d’intégrer ces écoles dans un plan d’urbanisme global, dans un quartier existant.

La galerie longue de 700 m qui dessert les 3 écoles et les espaces partagés est conçue comme un lieu ouvert, de vie et de passage pour les usagers et les habitants du quartier. Trois rues sont créées, ainsi que des places à vivre, à arpenter : telle est la volonté des architectes et du Maire de l’époque André Rossinot et actuel président de la Métropole du Grand Nancy.

Un parti pris écologique avant l’heure

Le campus dans son entièreté répond aux problématiques écologiques avant l’heure.

La galerie, aux toitures roses et bleues, dispose d’une architecture de toitures qui permet l’ouverture de vantaux favorisant les appels d’air : une ventilation naturelle qui exclut la climatisation. Des puits canadiens, également, qui vont puiser dans le sol, à une profondeur de 1m 20, l’air d’une température constante de 16°.

Trois hectares sont consacrés à l’environnement paysager : les jardins et les bassins sont alimentés par les eaux pluviales des toitures de tous les bâtiments alentour.

Claire Alliod, paysagiste, précise que cette création d’espaces verts sur le campus et dans la galerie participe d’une volonté de créer un écosystème végétal et animal, pour valoriser le patrimoine naturel local et permettre un cadre de vie agréable à tous… et toujours, dans la continuité de l’Ecole de Nancy, car Claire Alliod s’est grandement inspirée d’Emile Gallé, écologiste avant l’heure.

28 000 m² dédiés à la recherche : l’Institut Jean Lamour en grandeur nature

Vous avez dit « casse-tête » ?

Oui, c’est bien ce que Cyril Trébout nous confie, lorsque la décision d’implanter l’Institut Jean Lamour sur le campus est prise. La réunion des anciens laboratoires situés à la Faculté des sciences et technologies de Vandœuvre-lès-Nancy et sur le site de Saurupt, nécessite 28 000 m² de surface. De plus, 80 équipements scientifiques dont 1 mesurant 70 m de longueur, nommé le tube, à installer dans ce périmètre : un défi relevé qui en fait la fierté de l’Agence ANMA et des chercheurs de l’Institut qui ont contribué à la réflexion de ces aménagements.

Revenons sur ce tube. Thierry Belmonte, directeur de l’Institut, nous explique : « C’est le tube le plus long d’Europe, qui permet d’effectuer des recherches à l’échelle de l’atome, dans le domaine des nanomatériaux. Pour le dire simplement, il permet, grâce à l’étude d’échantillons en couches minces, de concevoir des nanomatériaux capables de stocker des informations dans un espace le plus petit possible, par exemple dans votre téléphone, votre ordinateur, votre voiture ou dans des panneaux solaires. »

Le tableau de Mendeleïev, quant à lui, fait partie de l'exposition intitulée" Elémentaire : hommage à Dmitri Mendeleïev" conçue par des enseignants-chercheurs des différents laboratoires de chimie de l'université de Lorraine. Il est exposé depuis septembre dans le « jardin d’hiver » de l’Institut. Il classifie les éléments chimiques connus, en fonction de leur nombre de protons ou de numéro atomique. Cette exposition sera accessible au public à l'occasion de la Journée Portes Ouvertes du 5 octobre, dans le cadre de la fête de la Science.

 

Un campus qui surprend par ses couleurs

La galerie rose et bleue? Pourquoi?

Cyril Trétout : « La Lorraine n’étant pas une région ensoleillée par définition, nous avons osé ces couleurs qui permettent de mettre en valeur les différentes saisons, grâce aux lumières diffusées par les nombreux vitrages. Le rose ou le bleu, c’est clivant. On n’aime ou on n’aime pas ! »

Et toutes ces écoles aux façades colorées différentes ?

CT : « Là encore, nous avons joué la carte de la diversité… et de l’identité personnelle que chaque école ou laboratoire pourra se construire. »

Et ces patios aux façades orangées, ocres de l’Institut Jean Lamour ? elles dénotent avec l’extérieur vert bouteille ?

CT : « Les architectes de notre cabinet adorent l’Italie. Et la place de Padoue nous a interpelés : nous avons voulu donner l’ambiance de la ville de Padoue dans ce campus, grâce à la construction de ses bâtiments à travers lesquels nous pouvons flâner, découvrir au hasard des balades, les jardins, les écoles et à la médiathèque ouverte à tous.

Les façades des patios de l’Institut Jean Lamour, nous les avons voulues colorées de ces teintes méditerranéennes, en dégradés, pour apporter de la lumière et de la chaleur. Il ne reste plus qu’à en questionner les usagers ... »