[Rencontre] Laurence Corroy, commissaire de l’exposition "Deux siècles de presse lycéenne"

 
Publié le 11/05/2022
Laurence Corroy

Après s’être installée dans les locaux de Radio France, l’exposition Deux siècles de presse lycéenne est présentée aux Assises du journalisme de Tours, du 9 au 13 mai 2022. Entretien avec Laurence Corroy, chercheuse en éducation aux médias au CREM (Centre de recherche sur les médiations) et commissaire de l’exposition.

Comment êtes-vous passée de chercheuse à commissaire d'une exposition ?

panneau de l'exposition "Deux siècles de presse lycéenne"L'histoire de la presse étudiante et lycéenne du XIXe siècle était mon sujet de thèse. J'ai dépouillé des milliers de notices et suis arrivée à un catalogue des journaux lycéens et étudiants. Dès ce moment-là, je me suis dit qu’il fallait valoriser ce patrimoine, auprès du grand public et du monde universitaire.

Je me suis ensuite intéressée à la presse étudiante et lycéenne contemporaine. Ce qui m’a amenée à intégrer le Conseil scientifique de l'Éducation nationale (CSEN). L'idée d'une exposition que j'avais en tête depuis plus d'une décennie a été évoquée. Et l’accueil a été extrêmement favorable, et nous avons remporté un appel à projets du ministère de la Culture qui a financé l'exposition.

Et il a fallu ensuite construire l’exposition. Sélectionner une vingtaine de Unes à partir de dizaines de milliers de journaux, construire un parcours chronologique et des thématiques qui puissent se croiser…

Comment les thématiques de la presse lycéenne ont-elles évolué depuis le XIXe siècle ?

Ce qui est absolument constant, dès le XIXᵉ siècle, c'est à la fois l'envie de témoigner de la vie du lycée, mais avec une panneau de l'exposition "Deux siècles de presse lycéenne"certaine perméabilité avec l'actualité. Par contre, ce qui monte en puissance depuis une vingtaine d'années, ce sont les événements liés au traitement médiatique généraliste, et en particulier les événements internationaux. Au XIXᵉ siècle, il y avait peu d'articles sur l'international. Aujourd’hui, les préoccupations géopolitiques et climatiques sont prégnantes. Il y a une prise de conscience que nous ne sommes pas un écosystème isolé, que nous sommes aussi européens et citoyens dans un monde qui est de plus en plus globalisé, avec des échanges mondialisés.

Une autre évolution est l’expression d’une véritable anxiété de la part des adolescents sur ce qui se passe dans le monde et sur leur avenir : quelle place dans une humanité qui va vivre des désordres climatiques de plus en plus forts et un morcellement très important des communautés et des identités ?

Y a-t-il toujours autant de journaux lycéens au fil des années, notamment avec l’explosion des réseaux sociaux ?

panneau de l'exposition "Deux siècles de presse lycéenne"Ils sont extrêmement actifs. On considère souvent que l'écrit est archaïque, alors que symboliquement, il reste très fort. La presse écrite est un objet qui se touche, se transmet, se commente, se feuillette. Et même s’ils baignent dans le numérique, le journal est toujours un objet de fierté.

Le problème des réseaux sociaux est que la source des actualités qui nous parviennent est totalement mise de côté, quasiment effacée. Or, nous avons tous tendance à croire spontanément ce que nous voyons à la télé ou sur Internet. Tout le travail de déconstruction consiste à comprendre que les messages médiatiques sont construits et que toutes les sources ne se valent pas. La presse lycéenne est un des outils permettant de développer un esprit critique face à la déferlante d'informations ou de fake news qui nous parviennent par Internet.

>> A lire sur The Conversation : La presse au lycée : histoire d’une éducation pratique à l’actualité