[Alumni-Docteurs UL] Rencontre avec Stéphanie Debray, doctorante en philosophie des sciences

 
Publié le 4/05/2020 - Mis à jour le 5/05/2023

Stéphanie Debray, 28 ans, est actuellement en 3ème année de thèse au laboratoire des Archives Henri Poincaré - Philosophie et Recherches sur les Sciences et les Technologies (AHP-PReST, UMR 7117 CNRS - Université de Lorraine - Université de Strasbourg) à l'Ecole Doctorale SLTC.

Pour nous, elle est revenue sur son parcours, son sujet de recherche et son envie d’intégrer le réseau Alumni docteurs de l’Université de Lorraine. Découvrez son interview…

Tout d'abord, comment gérez-vous votre travail en cette période de confinement ?

            J’adapte ma façon de travailler : j’interagis avec mes directeurs de thèse par visioconférence, je n’ai plus accès aux bibliothèques et aux formations, et j’organise des cours et des examens à distance. Je pense surtout aux doctorant.e.s qui ne bénéficient pas d’un contrat doctoral et/ou qui ont recours à des emplois alimentaires pour financer leur thèse, à celles et ceux qui n’ont pas un accès régulier à internet ou à un ordinateur, et qui peuvent par ailleurs avoir des enfants, ou encore des proches malades. Les doctorant.e.s sont tenu.e.s de « maintenir un calendrier » dans des circonstances difficiles.

Quel a été votre parcours avant le doctorat ?

            Souhaitant au préalable devenir professeur de langues (anglais, espagnol), je me suis inscrite en Licence de Langues et Cultures Étrangères - Espagnol (LLCE). Je cumulais plusieurs emplois en même temps pour financer mes études, comme ce fût le cas jusqu’au doctorat, et après deux ans de licence j’ai mis entre parenthèses ma formation et je suis partie enseigner six mois en Sibérie à des étudiant.e.s de Licence et Master (Université pédagogique d'État de l'Altaï, Russie). Cette expérience m’a permis de réaliser qu’à long terme je ne souhaitais pas seulement enseigner. J’aspirais à plus : plus de recherche, de défis, de formations, de difficultés à dépasser. Après l'obtention de mon DEUG d'Espagnol, la Licence et le Master de Philosophie, je me suis dirigée vers un doctorat afin de poursuivre ma formation en Philosophie des Sciences.

Pourquoi une thèse spécifiquement à l’Université de Lorraine ?

            Il m’était impossible d’envisager une thèse sans financement, pourtant je n’ai proposé ma candidature pour les contrats doctoraux nulle part ailleurs. Je suppose que je n’envisageais pas simplement faire une thèse ; je souhaitais faire une thèse au sein du laboratoire des Archives Henri Poincaré (AHP-PReST). Beaucoup de professeurs qui m’avaient inspiré y travaillaient, et je me retrouvais à la fois dans les valeurs du laboratoire et dans les thématiques de recherche.

En quoi consiste votre activité de recherche ?

            Mon travail de thèse en Philosophie des Sciences porte sur le « Problème de Démarcation » entre sciences, pseudosciences et diverses formes inacceptables de science en général (la fraude scientifique, l’imposture intellectuelle, la mauvaise science, la junk science, la fringe science, l’alter-science, les fake news, ou encore la science altérée par des intérêts commerciaux ou politiques). Il s’agit d’une part de comprendre la particularité de chacune de ces activités pour ne plus les confondre entre-elles, et de savoir distinguer d’autre part ce qui est fiable de ce qui ne l’est pas. Dans cette perspective, je m’intéresse notamment à la façon dont interviennent les valeurs dans les décisions scientifiques. À quels moments sont-elles indispensables et souhaitables, et à quels moments viennent-elles à l’inverse nuire à l’objectivité et l’intégrité de la recherche ? C’est un sujet concret permettant aussi de progresser sur des questions actuelles : d’ordre sanitaire (quels soins devraient être proposés aux patients ?), politique (quels soins devraient être remboursés ?), pédagogique (quels programmes faut-il enseigner ?), ou encore, à l’échelle de la politique scientifique (quels projets convient-il de financer ?) ; la liste n’est pas exhaustive. Contrairement à ce que l’on peut imaginer parfois, la Philosophie n’est pas toujours abstraite, et les Sciences Humaines et Sociales peuvent être d’une grande utilité dans le domaine scientifique.

Quel est votre meilleur souvenir de doctorat ?

            Ils furent nombreux et concernent surtout les conférences que j’ai pu donner lors de congrès et colloques nationaux et internationaux, mais pour n’en citer qu’un : le 9ème colloque annuel « Valeurs en Médecine, Science, et Technologie » (Center for Values in Medicine, Science, and Technology, University of Texas). C’était mon premier voyage aux États-Unis, mais c’était surtout l’occasion de présenter mon projet et de discuter plusieurs jours avec des chercheur.euse.s ayant une place prépondérante dans mon travail de thèse. C’est très inspirant de rencontrer des auteurs que vous estimez faire partie des meilleurs sur un sujet qui vous passionne.

Finalement, être doctorant à l’Université de Lorraine, c’est quoi ?

            C’est avant tout approfondir ses connaissances sur un sujet, ainsi que participer directement et indirectement à la recherche. Être doctorant à l’Université de Lorraine cela peut être également l’occasion de s’engager et de défendre des valeurs qui vous semblent importantes : en participant aux réunions et prises de décisions au sein de laboratoires, en participant à des projets interdisciplinaires, ou encore à des projets dirigés vers le public (tel que Science & You pour ma part). Je suis en parallèle membre élue (avec Lisa Jeanson – PErSEUs, Nils-Frederik Gillmeister – INTERPSY, et Maxime Mastagli – 2LPN) des Représentants Doctorant.e.s du Pôle Connaissance, Langage, Communication, Sociétés (CLCS) qui réunit huit laboratoires de recherche. Investir un peu de temps pour aider les autres doctorant.e.s est très enrichissant. Nous avons pu par exemple, grâce à la Direction du Pôle, des Directeurs et Directeurs adjoints des laboratoires et des autres membres élus du conseil, mettre en place en 2019 le premier Colloque Interdisciplinaire des Doctorant.e.s du Pôle. C’était un colloque pour les doctorant.e.s, organisé par les doctorant.e.s. – une occasion pour les participants de s’entraîner à l’exercice de la communication orale dans un cadre bienveillant mais aussi de participer à la constitution d’un réseau de jeunes chercheur.euse.s au niveau local. Je ne sais pas si une deuxième édition est prévue, nous ne nous représenterons pas et la fin de notre mandat arrive prochainement. J’espère que d’autres envisagent déjà de reprendre le relais, et donner envie aux doctorant.e.s de se présenter, ou plus simplement de voter pour leurs représentants aux prochaines élections de l’UL.

Que pensez-vous du projet Alumni-Docteurs de l’UL ? Avez-vous envie d’adhérer à cette communauté ?

            Créer des réseaux pour s’entraider est devenu indispensable aujourd’hui. Je suis co-modératrice d’une liste de diffusion de jeunes chercheurs.euses en Philosophie des Sciences (doctorant.e.s et post-doctorant.e.s) et ces formes de réseaux existent au sein des différentes disciplines, mais la particularité et la force du projet et réseau Alumni-Docteurs est de rassembler des doctorant.e.s et post-doctorant.e.s de toutes disciplines confondues. Le réseau permet aussi de découvrir de nouveaux outils, de faire de nouvelles rencontres, et de bénéficier des événements autour du développement de carrières des jeunes docteur.e.s.

Liens (facultatifs) :

Archives Henri-Poincaré (AHP-PReST) - Philosophie et Recherches sur les Sciences et les Technologies

Société de Philosophie des Sciences en France (SPS)

Pôle CLCS - Connaissance, Langage, Communication, Sociétés (UL)

Premier Colloque Interdisciplinaire des Doctorant.e.s du Pôle CLCS (novembre 2019, Nancy, UL)

Le Réseau de Alumni (UL)

Science & You