[retour sur] la conférence de Mathias Girel : « Sciences et désinformation »

 
Publié le 31/03/2022

Dans le cadre du cycle de conférences « épistémologie et communication scientifique » organisé par les Archives Henri-Poincaré et les Rendez-vous de Science&You, Factuel revient sur la conférence donnée par Mathias Girel, maître de conférences en philosophie au département de philosophie de l’ENSL ULM et co-auteur en 2020 du retentissant documentaire La Fabrique de l’Ignorance (Arte).

Mathias Girel a introduit sa conférence en rappelant que le but de ce cycle est de rapprocher la communication scientifique et l’épistémologie, pour un enrichissement mutuel mais aussi une prise de recul sur les pratiques.

La notion de désinformation répond d’abord à une définition aux contours mouvants, faisant appel à un « concept épais ». Pour M Girel, elle répond à la « propagation délibérée d’informations fausses en les faisant apparaître comme venant de services faisant autorité, pour influencer l’opinion et affaiblir un adversaire ». Elle s’applique par un ensemble de techniques de communication visant ce but sans l’avouer. Elle se rapproche de la définition du complot.

Une question se pose alors : peut-on désinformer sans en avoir l’intention ? Ceci trouve une résonnance particulière dans le partage de fausses informations sur les réseaux sociaux, fréquemment de la part de personnes qui n’ont pas connaissance de la « désinformation ». Des notions plus nuancées s’ajoutent alors : la « mésinformation », lorsque la propagation de fausses nouvelles n’est pas intentionnelle, et la « malinformation » qui est une information qui se fonde sur la réalité mais répond à une volonté de nuire à une personne ou une organisation.

Mathias Girel a ainsi mis en avant le « devoir épistémique » : prendre conscience de sa position et de son influence sur le public, vérifier les sources, vérifier la sûreté des informations propagées.

La réception de la « désinformation » par le public a son importance. L’agnotologie, discipline qui étudie les modes de production de l’ignorance, cherche à prouver l’effet de la désinformation.  Au-delà d’un attachement au « vrai », la désinformation est préoccupante lorsqu’elle altère les comportements. M Girel fait notamment référence à l’ouvrage Toxic data de David Chavalarias, qui démontre comment de petits groupes de « militants » sur les réseaux arrivent à influencer l’opinion.

A une époque de « post vérité », entendue comme le fait de ne plus vouloir se soucier de la vérité, M Girel alerte sur l’apathie face au mensonge. L’argument de l’ignorance des masses est bien commode. Il faut pouvoir répondre à un défi supérieur : tenter de situer la désinformation et la malinformation au milieu de l’ignorance et de la confusion ordinaires.

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Les Archives Henri-Poincaré et les Rendez-vous de Science&You mettent en place un cycle de conférences d’épistémologues, historiens, philosophes, sociologues, à destination des professionnels et de toute personne intéressée par la communication scientifique : chercheurs, doctorants, communicants, médiateurs, etc.

Pour connaître les prochaines dates des conférences et vous inscrire, rendez-vous sur le site de Science&You :  http://www.science-and-you.com/fr/sciyourdv