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[Conférence] C’est du propre ! Une histoire de toilette(s)


Temps de lecture : 6 minutes

Informations pratiques

Localisation : Campus de sciences et technologies - Amphithéâtre n°8 - Vandœuvre-lès-Nancy
Date de début : 29/05/2026 20:00 Date de fin : 29/05/2026 22:00

En cette fin d’année universitaire 2025-2026, Arnaud Fischer vous convie à un programme intitulé « C’est du propre ! Une histoire de toilette(s) », consacré à l’évolution de l’hygiène du corps au fil des époques.

Cette conférence sera proposée le vendredi 29 mai à 20h et le samedi 13 juin à 14h30, en amphithéâtre n°8 du campus de sciences et technologies de Vandœuvre-lès-Nancy.

L’entrée sera gratuite dans la limite des places disponibles ; la réservation électronique à l’adresse « arnaud.fischer@univ-lorraine.fr » est obligatoire. Les inscriptions débuteront le 17 mai 2026.

Une reprise à distance, sur inscription préalable à la même adresse, est prévue le mercredi 17 juin à 20h. Un lien de connexion sera transmis aux personnes en ayant fait la demande. 

Le résumé de ce programme est le suivant :

« Gare à l’eau » ! Voilà bien une alerte que nous pouvons nous estimer heureux de ne plus risquer d’entendre en arpentant  les villes. Quand bien même il convient encore de surveiller où nous posons les pieds, au moins nos têtes sont-elles épargnées, et n’avons-nous plus à « tenir le haut du pavé » pour éviter les projections rappelant des époques où le peu ragoutant « tout- à-la-rue » préexistait peu avantageusement au « tout-à-l’égout ».

L’Européen contemporain peut-il réellement imaginer ce qu’a été le rapport de ses ancêtres à la propreté ? Si l’hygiène doit son nom à l’une des filles du dieu grec des médecins, et si l’Ancien Testament précise déjà la conduite à tenir en matière d’enfouissement des déjections, un fossé sépare indéniablement le rare emploi des baignoires primitives retrouvées en Crête ou les thermes fréquentés par les Romains de la rigueur scientifique préconisée au dix-neuvième siècle dans l’utilisation de l’eau.

Le Moyen Âge, qui voit se développer latrines et fosses d’aisances, est convaincu que la vermine naît par génération spontanée. L’épouillage est alors considéré comme un geste de déférence ou de tendresse. Les étuves, perçues comme autant de lieux de débauche, sont réservées à quelques privilégiés, tout comme la cuve particulière, dans laquelle un chevalier convie parfois un invité à le rejoindre. Ancré dans une forte tradition religieuse, le lavage des mains est en revanche régulier dans une société qui ne dispose pas encore de la fourchette à table. Quant aux ablutions dans les prétendues fontaines de jouvence que les peintres ont tant aimé représenter, elles sont en réalité incompatibles avec la prévalence de la lèpre et de la peste.

À la Renaissance, la hantise du bain conduit à sa disparition presque complète : des grossesses pourraient être causées par quelque sperme itinérant dans l’eau ; la chaleur, dilatant les pores de la peau, provoquerait la perte des fluides corporels, mais aussi la pénétration d’agents contaminants. Durant des siècles, la serviette, qu’on utilise pour frotter les seules parties du corps laissées visibles par les vêtements, demeure l’unique alternative. Pour qui peut s’offrir le luxe d’en faire l’acquisition, le linge de corps, périodiquement renouvelé, se substitue à toute toilette, tandis que bains de bouche, poudres et parfums, employés à outrance, atténuent à peine la puanteur générale.

Dans un siècle des Lumières friand d’écrits scatologiques, les lieux « à l’anglaise », dotés d’une chasse d’eau, concurrencent les sempiternels pots de chambre. Revenant peu à peu sur le devant de la scène, le bain continue de requérir un authentique rituel de préparation, tant il inquiète encore, et le plaisir procuré par le ballottement prime sur la quête de propreté. 

Franklin, Tronchin, Montesquieu et Rousseau font part de leur avis concernant les vertus supposées du froid, tandis que les récents bidets et lavabos, ou encore les rares et chers bains publics rendent le contact de l’eau plus familier aux aristocrates. Le retour à la nature, annonciateur du romantisme, sonne bientôt le glas de l’extravagance des perruques et du ridicule des fards.

Confectionné de manière artisanale depuis les temps les plus reculés, le savon, dont Chevreul élucide la composition chimique, est produit en quantité lorsque s’amorce la révolution industrielle. Si le shampooing est inventé dans l’Angleterre pré-victorienne, il faut attendre un nouveau siècle pour que l’hygiène capillaire s’affranchisse de croyances qui, durablement, ont découragé quiconque de procéder à un lavage des cheveux trop régulier. La réputation alanguissante de l’eau chaude subsiste, qui incite Balzac, poursuivi par ses créanciers, à éviter tout bain lors de ses moments d’intense production littéraire.

Tandis qu’un regain de pudibonderie rend dénudement et contact des organes génitaux tabous, les pratiques en matière de toilette reflètent les inégalités sociales. À l’école, comme au sein de l’entreprise, une authentique pédagogie est mise en place dans un contexte qui voit Pasteur dénoncer le rôle des micro-organismes dans la transmission des maladies, et les urbanistes et responsables locaux révolutionner l’hygiène publique, à l’instar de Belgrand, Haussmann, Durand-Claye ou Poubelle.

L’aménagement des intérieurs accorde progressivement à la salle de bains la place qu’elle mérite – à condition, toutefois, que l’approvisionnement en eau courante soit envisageable. C’est dire la longueur du chemin à parcourir avant que ne se développe la propreté telle que la conçoit l’Occidental du troisième millénaire.

Rendez-vous pour un programme décapant, qui nous offrira l’occasion de croiser Archimède et Marat – qui n’ont pas forcément goûté avec le même plaisir les bienfaits du bain –, l’empereur Vespasien – dont le mérite n’est pas forcément celui qu’on croit –, les écrivains Rabelais et Scarron, ou encore la belle-sœur de Louis XIV – dont on a pu dire qu’elle avait conjugué le verbe « chier » à tous les temps et tous les modes –, Voltaire – qui, dans un langage fleuri, nous a fait part de ses exigences en matière de chaise percée, mais également les plus anonymes et non moins indispensables gadouards et maîtres fifi, dont la profession ne peut qu’imposer le respect.

Édifiés par ce voyage, il est fort probable que nous ne nous retrouvions jamais plus dans l’intimité sans mesurer la chance qui est la nôtre de disposer du confort moderne…