Temps de lecture : 4 minutes
Depuis quelques années, une technique d’imagerie innovante s’impose progressivement en neurosciences et en cancérologie : la tractographie. Cette méthode permet de visualiser en trois dimensions les fibres nerveuses du cerveau, autrement dit les « câbles » qui relient les différentes régions cérébrales entre elles.
La tractographie repose sur une technique particulière d’IRM appelée imagerie par tenseur de diffusion (DTI). Elle mesure la diffusion de l’eau le long des fibres nerveuses et permet ainsi de reconstruire les connexions cérébrales, essentielles au langage, à la mémoire, aux mouvements ou encore aux fonctions cognitives supérieures.
Aujourd’hui, cette approche ouvre de nouvelles perspectives pour le traitement des tumeurs cérébrales en radiothérapie.
Un partenariat transfrontalier Interreg pour protéger les fonctions du cerveau
Le projet européen PROTECT-DTI a pour ambition d’intégrer l’imagerie DTI dans la planification de la radiothérapie des tumeurs cérébrales. Son objectif : améliorer la prise en charge des patients en protégeant au mieux les zones du cerveau impliquées dans les fonctions cognitives.
Co-financé par l’Union Européenne, ce projet repose sur une coopération transfrontalière entre centres hospitaliers, universités et laboratoires de recherche de la Grande Région. Ensemble, les partenaires travaillent à harmoniser les acquisitions d’IRM de diffusion et à développer des stratégies thérapeutiques tenant compte des connexions cérébrales.
Mieux viser la tumeur, mieux préserver le cerveau
En radiothérapie, la précision est essentielle. La radiothérapie stéréotaxique permet de délivrer des faisceaux de rayons très concentrés sur la tumeur, avec une précision millimétrique. L’objectif est d’administrer une forte dose sur une cible de petite taille tout en épargnant les tissus sains environnants.
L’intégration de la DTI dans cette planification constitue une avancée majeure. Grâce à la cartographie 3D des fibres nerveuses, les médecins peuvent identifier les structures cérébrales critiques à éviter et adapter les faisceaux d’irradiation pour préserver les réseaux impliqués dans la mémoire, le langage ou l’attention. Elle leur permet également de suivre l’évolution de la tumeur et de l’ajuster si nécessaire.
Cette approche vise ainsi à maintenir le contrôle tumoral tout en réduisant le risque d’effets secondaires cognitifs.
Un impact clinique attendu
Les travaux menés dans le cadre de PROTECT-DTI ont pour ambition d’évaluer de manière objective l’impact de cette stratégie sur la cognition et la qualité de vie des patients.
À moyen terme, le projet prévoit de proposer des protocoles DTI harmonisés, utilisables dans de nombreux centres européens, afin de favoriser un déploiement plus large de la radiothérapie guidée par la connectivité cérébrale.
Un projet soutenu à l’échelle européenne
PROTECT-DTI est financé à hauteur de 1,12 million d’euros par le programme INTERREG VI de la Grande Région, qui soutient la coopération entre partenaires locaux et régionaux.
Piloté par le service de radiothérapie du Centre Hospitalier Régional Metz-Thionville, le consortium du projet est composé de :
- l’Institut de Cancérologie de Lorraine – ICL (France),
- de l’Universitätsklinikum des Saarlandes (Allemagne),
- du Centre François Baclesse (Luxembourg),
- du Centre Hospitalier Universitaire de Liège (Belgique)
- de l’Hôpital Universitaire de Liège (Belgique).
- Le CRAN (CNRS/Université de Lorraine) et le CHRU de Nancy, ses partenaires méthodologiques
Paul Retif, praticien hospitalier, est le coordinateur scientifique au CRAN. Fabien Rech, Sophie Pinel, El-Hadi Djermoune et Muriel Barberi-Heyob sont également impliqués, et d’autres membres du CRAN contribueront aux travaux au cours du projet.
Le démarrage est prévu ce mois-ci pour une durée de trois ans.
Pour en savoir plus : www.protect-dti.com
Article paru dans la presse : Radiothérapie cérébrale : un nouveau projet de recherche, des premiers résultats attendus dans deux ans, Le Républicain Lorrrain, 13 février 2026



