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TRAPPS : Un projet IMPACT pour comprendre les transitions santé–environnement


Temps de lecture : 8 minutes

Porté dans le cadre de l’Initiative d’Excellence Lorraine, le projet IMPACT TRAPPS explore les liens entre transitions environnementales, transformations des soins et inégalités sociales de santé. Ses trois porteuses issues de laboratoires de l’Université de Lorraine, Claire Crignon (Archives Henri Poincaré), Emmanuelle Simon (CREM) et Ingrid Volery (TETRAS), en présentent les enjeux, l’approche et les prochaines étapes.

Pouvez-vous nous présenter votre projet IMPACT et préciser quel grand défi il vise à relever ?

Le programme TRAPPS – Transitions des politiques et pratiques de santé – contribue à deux défis : l’un sur la transition écologique et l’autre autour de la santé globale et de l’approche One Health. Son objectif est de documenter les effets des transitions environnementales et des systèmes de soin sur les populations, mais aussi, la manière dont ces dernières comprennent et se saisissent des politiques publiques accompagnant ces transitions. L’approche est multiscalaire puisqu’elle analyse un niveau macrosocial – celui des dispositions réglementaires et des politiques publiques prenant les liens entre environnement et santé et leurs transformations pour objet ; un niveau mésosocial – celui des dispositifs et professionnels implémentant ces orientations et un niveau micro – celui des individus (leurs compréhensions, appropriations mais aussi innovations propres). Trapps est très attentif aux inégalités sociales produites, renforcées ou atténuées par ces transitions et les aborde dans une perspective articulant des inégalités de genre, de classe, d’âge, liées à la racisation qui peuvent jouer ou non de façon cumulative selon les situations.

Trapps déploie une réflexion théorique critique sur la notion de transition mobilisée dans les champs écologique et sanitaire, ses usages politiques et médiatiques, mais aussi sur la notion même de « santé globale ». Cependant, il prend également appui sur plusieurs terrains de recherche investis de manière interdisciplinaire. Trois concernent des environnements devenus toxiques en raison d’activités productives, de choix politiques ou de pratiques de consommation : l’exposition au charbon dans les houillères au XIX et XIX siècle dans le Nord de la Lorraine ; l’exposition au plomb des « gens du voyage » contenus dans des aires de stationnement  ; l’exposition aux microparticules de plastique et aux additifs alimentaires dans le cas des Maladies Inflammatoires Chroniques de l’Intestin (MICI). La comparaison permettra de comprendre les convergences et spécificités des modes de mise sur l’agenda politique et de traitement public de ces enjeux selon les terrains, ainsi que, les expériences des travailleurs/habitants/consommateurs selon le type d’exposition (professionnelle ou domestique). Trois autres terrains vont documenter des transitions de santé particulières – celles découlant de seuils biographiques mettant en possible tension  les dispositifs et professionnels de santé : l’entrée en paternité/maternité  ; l’entrée en EHPAD et la fin de vie. Leur comparaison permettra de comprendre la place que certains évènements ou moments « denses » du parcours de vie occupent dans la production/reproduction d’inégalités sociales de santé. La recherche complètera ici les recherches épidémiologiques étudiant plutôt la façon dont les inégalités de santé se cumulent de façon linéaire tout au long de la vie.

Pouvez-vous expliquer en quoi votre projet se distingue par son approche interdisciplinaire et comment vous envisagez la coordination entre les différents acteurs pour garantir une dynamique de recherche agile et efficace ?

TRAPPS a pour vocation de structurer une communauté de chercheurs sur les questions de santé à l’Université de Lorraine à l’intérieur des sciences humaines et sociales, mais aussi, avec les collègues des sciences de la vie et de la terre, de la santé, de l’ingénieur travaillant sur les enjeux de Trapps. A l’intérieur des SHS, le projet croise la perspective historienne, philosophique, sociologique, anthropologique, des sciences de gestion et de l’information/communication. Cette articulation doit permettre d’aborder la production d’inégalités ou d’expériences de santé en les contextualisant et en les resituant dans une profondeur temporelle – en considérant par exemple que les environnements toxiques d’aujourd’hui sont la conséquence de décisions politiques, industrielles, consommatoires du passé et que les inégalités de santé actuelles ne sont pas le seul résultat des intempérances ou fragilités individuelles mais le produit de systèmes d’organisation sociale passés. Elle doit aussi permettre d’examiner les pratiques de santé et inégalités de santé en tenant compte des dispositifs gestionnaires qui les produisent ou les atténuent, des médias et dispositifs culturels, des cultures et points de vue des groupes sociaux concernés.

L’articulation avec les sciences du vivant et de la santé est, quant à elle, un apport notable du programme car elle va permettre, d’une part, de montrer comment l’environnement passe sous la peau des individus (par l’exposition à des toxiques, par l’ingestion d’aliments ou de polluants) et comment il les affecte de façon différentielle (selon les milieux sociaux, leur position plus ou moins marginalisée, le genre, l’âge). La recherche explorera également les médiations par lesquelles cette incorporation opère et la façon dont les individus la perçoivent (perçoivent-ils leur environnement comme toxique ? Se sentent-ils en danger ?).

Pour favoriser le croisement des approches, trois niveaux d’intervention sont prévus. En premier lieu, des séminaires transversaux interdisciplinaires, ouverts à la communauté des chercheurs de l’université de Lorraine, sont proposés – par exemple, autour des façons de voir et de mesurer les inégalités socioenvironnementales de santé, des manières de penser les approches de santé globale. Chaque programmation et animation de séminaire est aux mains de deux chercheurs – l’un.e en sciences de la vie et de santé, l’autre en SHS. En deuxième lieu, chaque terrain est managé par un binôme SHS/Sciences de la vie et de la santé, de manière à mettre en œuvre une perspective interdisciplinaire à toutes les étapes de la recherche – depuis l’élaboration du questionnement, jusqu’à l’analyse et la valorisation des résultats, en passant bien sûr par la méthodologie. Enfin, pour diffuser cette perspective, les doctorants et post-doctorants de TRAPPS sont invités à travailler en binôme pluridisciplinaire et à s’inscrire dans deux clubs ORION consacrés aux questions soulevées par TRAPPS.

Compte tenu des enjeux sociaux du projet, TRAPPS déploie également, à chaque fois que possible, une perspective intersectorielle consistant à inclure les premiers concernés dans la recherche, notamment par le biais d’associations, comme dans le cas des MICIS, où l’association AFA Crohn est partenaire du projet de recherche, ou dans celui de l’exposition au plomb des gens du voyage puisque les associations Amitiés Tsiganes et FNASAT ont été corédactrices du projet de recherche en santé environnementale.

Quelles sont les prochaines actions prévues pour votre projet IMPACT dans les mois ou années à venir ?

Le projet s’est ouvert avec l’organisation d’un évènement scientifique international – les rencontres du Consortium for Health Humanities, Arts, Reading and Medicine -CHARM (https://crem.univ-lorraine.fr/recherche/evenements/health-diseases-and-environment-between-global-and-local), réseau dont l’objectif est de rassembler des chercheurs travaillant sur les humanités en santé. Le 6 novembre 2025, s’est tenue une séance consacrée aux articulations et tensions entre santé globale et santés localisées. Elle a notamment permis d’explorer le décalage entre des objectifs de santé internationaux et des conceptions locales de la santé ou bien encore les enjeux méthodologiques entourant la diffusion de questionnaires de santé dans des aires culturelles très différentes. C’est un évènement important et nous souhaitions commencer par cela car TRAPPS est un projet local – au sens où il a cette vocation à structurer une dynamique de recherches en santé à l’UL – mais c’est aussi un projet international – par son objet et les réseaux des chercheurs qui le font vivre. Le 8 décembre sera consacré au lancement du programme en interne mais nous travaillons à la programmation des séminaires 2026 qui seront ouverts à l’ensemble de la communauté de site.

Le chantier est aussi engagé d’une part, du côté de la formation à la recherche à travers l’engagement de deux clubs ORION déjà évoqués -EXSA et SAN/sociéTE- qui ont déjà à leur actif plusieurs manifestations et, d’autre part, de la circulation des savoirs entre disciplines avec un projet de conception d’un module de mesure des positions sociales des malades que les enquêtes de santé conduites en médecine pourront mobiliser. Le projet de TRAPPS entend être également un levier de circulation des connaissances théoriques, méthodologiques et empiriques produites à l’échelle de l’université mais aussi de la société civile.