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deux jours pour penser le continuum bac-3 / bac+3
Les mardi 10 et mercredi 11 mars derniers, l’IUT de Metz, sur le campus du Saulcy, a accueilli un colloque sur « Les politiques publiques d’orientation : quelle structuration du continuum bac-3 / bac+3 ». Organisé par le SOIP dans le cadre du projet Ailes (Accompagnement à l’intégration des lycéens dans l’enseignement supérieur), il a donné l’opportunité à des chercheurs et professionnels de croiser leurs analyses et expériences de terrain autour d’un enjeu devenu central pour la réussite des parcours des étudiants.
Un dialogue entre recherche et pratiques de terrain
Dans une approche résolument pluridisciplinaire, le colloque a donné l’opportunité à des chercheurs en sociologie, psychologie, sciences de l’éducation, science politique et économie de présenter leurs travaux, de croiser leurs approches, et d’échanger avec un auditoire composé essentiellement d’acteurs de terrain, issus de rectorats, de CIO, de SCUIO, mais aussi de psychologues de l’éducation nationale, de porteurs d’appels à projet dans le champ du bac-3/bac+3, et encore de représentants de l’administration centrale du Ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace (DGESIP (1) et MOSS (2)) et de quelques étudiants.
Des temps forts structurants
Parmi les moments marquants de ces deux journées figure la grande conférence de Frédérique Weixler, inspectrice générale honoraire, intitulée « Apprendre à s’orienter, un enjeu démocratique ». Une intervention qui a nourri de nombreuses discussions, en particulier autour de la question des mobilités.
Quatre sessions thématiques ont également permis d’explorer le continuum secondaire-supérieur sous différents angles :
- les changements apportés par Parcoursup ;
- l’évaluation des politiques publiques d’orientation ;
- les différenciations territoriales de la transition secondaire-supérieur ;
- les manières dont les professionnels se saisissent du continuum.
Une participation soutenue
Quelques chiffres traduisent tout l’intérêt qu’a suscité ce colloque :
- près de 30 universités ou grands établissements étaient représentés ;
- 125 participants étaient présents ;
- 22 chercheurs, doctorants, post-doctorants, enseignants-chercheurs ont communiqué sur leurs travaux.
Paroles de terrain : « prendre du recul » et « se nourrir »
Trois professionnelles ont accepté de partager leurs impressions à chaud.
Pourquoi participer ?
Jeanne Gebler, psychologue de l’Éducation nationale, au SOIP de l’Université de Lorraine et au CIO de Vandœuvre-lès-Nancy
« Le thème, d’abord. Mais aussi l’occasion d’entendre les retours de jeunes chercheurs issus de disciplines variées sur nos problématiques. Ce type d’événement permet de prendre du temps pour réfléchir et de faire un pas de côté par rapport à notre quotidien professionnel. »
Marzena Koscielski, adjointe au directeur du SUIO-IP de l’Université d’Angers, et responsable du pôle « Orientation – Réorientation ».
« Le colloque m’a permis de resituer notre action dans un ensemble plus large et de comparer nos pratiques avec celles d’autres universités. L’objectif est ensuite d’en faire bénéficier toute l’équipe et d’apporter des éléments susceptibles de nourrir la réflexion sur notre prochain projet de service. »
Clémentine Transetti, cheffe de projet Acorda (3), à l’Université de Toulouse
« Me nourrir, tout simplement : découvrir des expériences territoriales, recueillir des idées, prendre de la hauteur… et sortir un peu la tête du guidon. Les échanges entre pairs sont particulièrement précieux. »
Ce qui les a marquées
La conférence de Frédérique Weixler a produit une forte impression.
Jeanne retient en particulier son approche du risque, présenté comme un élément dynamique et, au bout du compte, positif du processus d’orientation. Pour sa pratique personnelle en tant que Psy-EN, ce rappel est vivifiant !
Marzena retient, quant à elle, la notion de mobilités (mobilités mentale, sociale, scolaire, géographique, dans les représentations), qui lui semble un prisme très intéressant pour penser les actions. C’est aussi, selon elle, une approche qui invite à s’interroger sur ses propres pratiques et à rester vigilante face à des schémas de pensée susceptibles de freiner ces mobilités. La citation finale de Paul Ricœur l’a particulièrement marquée (4).
Des idées forces au fil des communications
Jeanne a retenu un point clef : Les parents étant les premiers interlocuteurs en matière d’orientation, il faudrait pouvoir développer davantage d’actions à leur intention !
Clémentine mentionne une communication sur le « Travail interprofessionnel d’orientation scolaire. Quels liens entre enseignement secondaire et enseignement supérieur ? », qui met en lumière un besoin récurrent : les enseignants du secondaire se sentent souvent insuffisamment outillés pour accompagner les élèves dans leurs choix d’orientation.
Un colloque à la croisée des politiques éducatives et des trajectoires individuelles
En donnant la parole à la fois aux chercheurs et aux praticiens, ce colloque a rappelé combien l’orientation ne relève pas seulement de dispositifs techniques, mais d’un véritable projet démocratique. Structurer le continuum bac-3 / bac+3 suppose en effet de mieux articuler institutions, territoires et acteurs – et de soutenir ceux qui accompagnent concrètement les jeunes dans leurs choix.
La publication des actes du colloque est prévue prochainement.
Contact : Sarah Bogatay / 03 72 74 03 79 / sarah.bogatay@univ-lorraine.fr
Projet financé par le SGPI (Secrétariat général pour l’investissement (SGPI) et opéré par la Banque des territoires dans le cadre du PIA 3 – Territoires d’innovation pédagogique, sous l’égide de France 2030.
(1) DGESIP : Direction générale de l’enseignement supérieur et de l’insertion professionnelle
(2) MOSS : Mission de l’orientation du scolaire vers le supérieur
(3) Acorda est un projet dont les objectifs sont proches du projet Ailes, co-porté par l’Université de Lorraine :
« – Fédérer l’écosystème territorial des acteurs de l’orientation.
– Favoriser l’accompagnement de l’élève vers les études supérieures dans un continuum bac -3/+3 en identifiant les dispositifs existants d’orientation (et de réorientation) et en les intégrant dans une démarche progressive et co-construite. »
Comme Ailes, il a été lauréat de l’appel à projets du Programme d’investissement d’avenir PIA 3 « Territoires d’innovation pédagogique – Dispositifs territoriaux pour l’orientation vers les études supérieures ».
(4) « Trop souvent, nous pensons qu’il nous est demandé de prendre une décision, alors que peut-être, ce qui nous est demandé est de laisser s’ouvrir un champ de possibilités inédites »












