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Regards croisés sur les désirs d’histoire(s) et de langue(s) à l’INSPÉ de Lorraine


Temps de lecture : 5 minutes

Un événement ancré dans l’histoire et les langues de la Lorraine

Le 19 novembre 2025, la Maison pour les langues en Lorraine (INSPÉ de Lorraine – Université de Lorraine), sur le campus de Nancy-Maxéville, a accueilli une demi-journée d’étude intitulée Désirs d’histoire(s) et de langue(s) : des attentes sociétales aux enjeux de l’école. L’événement, organisé par Daniel Fischer (Maître de conférences à l’INSPÉ de Lorraine en didactique de l’histoire, de la géographie et de l’EMC – CRULH (3945)), Grégory Miras (Professeur des Universités en Didactique des Langues à l’INSPÉ de Lorraine, coordinateur du groupe Langues et directeur de la Maison pour les langues en Lorraine – ATILF (UMR7118)), Pierre Roussy (PRCE en anglais à l’INSPÉ de Lorraine, doctorant à l’ATILF (UMR7118)) et Sandrine Quenet (Professeure agrégée d’allemand et directrice adjointe de la Maison pour les langues en Lorraine), a réuni près d’une quarantaine de participantes et participants en présentiel et à distance.

La rencontre a débuté par une introduction de Daniel Fischer. Il a rappelé combien la Lorraine est un territoire façonné par les circulations, les conflits, les recompositions et les héritages plurilingues. Son propos a souligné les liens complexes entre histoire et mémoire, ainsi que les tensions qui peuvent exister entre récits institutionnels, mémoires familiales et attentes contemporaines face au « devoir de mémoire ». Il a également questionné la place du désir d’histoire — entendu comme besoin de sens, d’apaisement ou de compréhension du passé — et ses résonances avec le désir de langue, notamment dans les familles dont la transmission linguistique a été interrompue.

Les langues familiales comme ressources éducatives

La première conférence, présentée par Andrea Young (Professeure des universités, Université de Strasbourg), s’est centrée sur la place des langues familiales à l’école. À partir de nombreux travaux de recherche et d’exemples analysés dans les classes maternelles et élémentaires, elle a montré comment l’invisibilisation de ces langues peut fragiliser l’estime de soi des élèves et limiter leurs apprentissages. Elle a rappelé que les programmes français encouragent l’éveil aux langues depuis 2015, et que les pratiques inclusives — telles que les biographies langagières, les projets de paysage linguistique ou l’usage raisonné du translanguaging — contribuent à valoriser les ressources linguistiques des élèves, tout en renforçant la réussite scolaire. Sa communication a donné lieu à un riche échange avec le public, en présentiel comme à distance.

Lors de la pause, les participantes et participants ont également pu découvrir l’exposition consacrée aux migrations des Lorrains dans le monde, prêtée par Hervé Atamaniuk et installée à la bibliothèque universitaire du campus.

Lectures commentées : les mémoires mises en voix

La journée s’est poursuivie par une séance de lectures commentées. Daniel Fischer a présenté son ouvrage Sous un uniforme qui n’était pas le leur, consacré aux Mosellans et Alsaciens incorporés de force dans l’armée allemande entre 1942 et 1945. Il a notamment partagé une lettre émouvante d’un jeune soldat à sa mère exprimant son mal du pays et la détresse de l’exil. Yael Uzan-Holveck (Ancienne formatrice, développement des manifestations artistiques, culturelles et citoyennes en milieu rural) a ensuite lu des extraits de son livre Un dimanche à Auschwitz (photographie par Laurent Wajnberg) interrogeant la transmission familiale et l’indicible des mémoires de la Shoah.

Une table ronde pour croiser approches culturelles, historiques et éducatives

La table ronde, modérée par Sandrine Quenet, a réuni Hervé Atamaniuk (Directeur du service culturel de la ville de Sarreguemines), Frédérique Neau-Dufour (Historienne, agrégée et docteure en histoire, conseillère en politique mémorielle du Président de la région Grand Est), Andrea Young, Nadège Mariotti (Maîtresse de conférences en études cinématographiques et audiovisuelles et en histoire contemporaine, Université de Lorraine), Yael Uzan-Holveck et Gérard Staedel (Président de l’Union Internationale des Alsaciens). Les intervenants ont croisé leurs regards sur les fonctions sociales de la mémoire, les enjeux politiques des langues régionales, la place du récit dans la construction identitaire et le rôle de l’École face aux attentes des familles. Plusieurs contributions ont souligné la nécessité de mieux articuler politiques publiques, recherche en sciences du langage et besoins du terrain éducatif.

La journée s’est clôturée par une intervention musicale en platt de Hervé Atamaniuk.

Organisée avec le soutien de la Maison pour les langues en Lorraine, et son projet Erasmus+ Jean Monnet LangUEscape, cette demi-journée a permis d’ouvrir un espace de réflexion collective sur les mémoires et les langues en Lorraine, et sur les défis qu’elles posent aujourd’hui à l’École.

La bibliothèque universitaire de l’INSPÉ de Lorraine, campus Nancy-Maxéville, a par ailleurs généreusement mis à disposition ses espaces et proposé une sélection d’ouvrages en histoire, en plurilinguisme et en langues-cultures, contribuant pleinement à la dimension scientifique et culturelle de cette demi-journée.

L’importance de cette demi-journée d’étude a aussi été relayée par L’Est Républicain, qui lui a consacré un article disponible en ligne, sur le site de la M3L ici : https://u2l.fr/estrepublicaindesirhistoireslangues 


Table ronde avec les intervenant·e·s. De gauche à droite : Yael Uzan-Holveck, Nadège Mariotti, Andrea Young, Hervé Atamaniuk, Frédérique Neau-Dufour, Gérard Staedel et Sandrine Quenet.