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Karmele Alberdi est enseignante-chercheure à l’Université de Grenade où elle enseigne le Français Langue Étrangère (FLE). Au premier semestre 2025-2026, elle est venue passer trois mois à l’Université de Lorraine et plus spécifiquement au sein du département des Sciences du Langage de l’UFR SHS Nancy. Un séjour de recherche enrichissant tant humainement que scientifiquement sur lequel elle revient dans ce portrait.
Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Très brièvement, oui, je suis traductrice et enseignante-chercheure à l’Université de Grenade, où je donne des cours de FLE à la faculté de traduction et interprétation. Pour ce qui est de la recherche, je m’intéresse, en particulier, à la didactique de corpus, les études sur l’(im)politesse et les discours de haine.
Qu’est-ce qui a motivé votre venue à l’Université de Lorraine ? Et combien de temps a duré votre séjour ?
Il y a en fait plusieurs raisons. C’était pour moi l’occasion d’approfondir une collaboration déjà en cours depuis quelques années avec Virginie André, Professeure des Universités en Sciences du langage à l’UFR SHS Nancy, qui s’est matérialisée dans des publications et des participations conjointes à des colloques mais qu’on a généralement dû développer à distance.
J’envisageais un projet de constitution d’un sous-corpus d’analyse à partir des enregistrements entre adultes de Traitement de Corpus Oraux en Français (TCOF), dont elle est responsable.
Un séjour comme celui-ci, de trois mois, permettait de se poser, de prendre le temps de réfléchir ensemble et de préparer de futurs travaux en commun. Ensuite, j’avais déjà eu l’opportunité de venir à Nancy pour l’école thématique ECODIC 2021 et encore en décembre 2024, dans le cadre de la Journée d’Étude organisée par le Master FLE et pour une conférence dans un des séminaires ATILF, mais juste une petite semaine à chaque occasion, ce qui m’a un peu laissée sur ma faim.
Et enfin, mis à part le côté strictement professionnel, des liens d’amitié et le plaisir de mieux découvrir une ville que j’aime bien.
Sur quel(s) projet(s) avez-vous travaillé pendant votre séjour ici ?
Outre la constitution du sous-corpus d’analyse tiré de TCOF, j’ai pu travailler sur FLEURON (Français Langue Etrangère Universitaire Ressources et Outils Numériques) et préparer de nouvelles séquences didactiques à mettre à l’œuvre avec mes étudiants. J’ai été aussi invitée à des réunions de travail dans le cadre du projet ITSA (Interactions et Troubles du Spectre de l’Autisme) et j’ai eu l’occasion d’intervenir dans l’école thématique Corpus et Didactique (ECODIC 2025), ainsi qu’auprès de divers étudiants de la Licence sciences du langage (L3) et du Master FLE.
Quelles différences avez-vous observées entre votre université et l’UL, dans les méthodologies de recherche ou plus largement dans l’organisation ?
Les différences principales concernent les ressources à disposition des chercheurs. Je viens d’un département assez petit, qui n’a pas un grand budget et donc forcément pas les mêmes moyens, ni humains, ni matériels, ni techniques, même si le financement des universités et des labos a été réduit en France aussi.
Un centre de documentation comme celui de l’ATILF est une ressource précieuse.
Et il y a aussi des différences quant à la façon de vivre la recherche et ce que j’appellerais une « culture de labo », qui est dans un certain sens favorisée par de petites choses aussi simples que le fait d’avoir une cuisine et de pouvoir discuter et resserrer des liens autour d’un café ou d’un repas à midi.
Quels conseils donneriez-vous aux étudiant.e.s qui envisagent de faire une partie de leur parcours académique à l’étranger ?
De ne pas hésiter du tout à le faire !! Nous avons constaté ces dernières années une baisse importante des demandes Erasmus chez nos étudiants, qu’on avait d’abord attribuée à une espèce d’effet post-Covid, mais qui peine toujours à reprendre. Un séjour à l’étranger reste pour moi une expérience incontournable dans le parcours d’un universitaire, non seulement du point de vue académique et formatif, mais aussi, peut-être surtout, du point de vue de la croissance personnelle. Et puis, je leur conseillerais de vraiment se laisser porter, de faire une vraie immersion pour s’imprégner de la culture du pays ou de la région d’accueil et ne pas faire que passer.
Y a-t-il une expérience culturelle, académique ou humaine qui vous a particulièrement marquée depuis votre arrivée ici ?
Il y en a eu plusieurs là aussi. Du point de vue culturel, j’ai beaucoup apprécié la diversité et l’accessibilité des activités proposées au théâtre de la Manufacture, à l’Opéra et au Musée de Beaux-Arts, par exemple. Académiquement aussi, les manifestations et occasions ne manquent pas pour assister à des séminaires, des conférences, des journées d’étude, des soutenances…
Et, humainement, je suis toujours surprise de voir à quel point les gens osent défier les intempéries pour se réunir (même en terrasse et sans chauffage) et de célébrer, que ce soit le beaujolais nouveau, l’inauguration du marché de Noël ou la venue de Saint Nicolas.



