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[Portrait Alumni PhD] Nicolas Dietrich, professeur des universités à l’INSA de Toulouse


Temps de lecture : 6 minutes

Nicolas Dietrich, un parcours entre génie des procédés, pédagogie et sciences citoyennes

Professeur des universités à l’INSA de Toulouse, où il dirige aujourd’hui le département Génie des procédés – Eau, énergie et environnement, Nicolas Dietrich incarne un parcours académique construit sur un fil conducteur clair : comprendre les procédés complexes, transmettre les savoirs et ouvrir la recherche à la société. Alumni docteur de l’Université de Lorraine, il a récemment vu l’un de ses projets, La Grande Synchr’EAU, récompensé par la médaille de la médiation scientifique, consacrant une trajectoire à la croisée de la recherche, de la pédagogie et de l’engagement citoyen.

Après une classe préparatoire en physique-chimie, Nicolas Dietrich rejoint l’École nationale supérieure des industries chimiques (ENSIC), où il est diplômé ingénieur des industries chimiques en 2005. Il obtient la même année un DEA en génie des procédés et génie des produits à l’Institut polytechnique de Lorraine.

Il poursuit naturellement par un doctorat au Laboratoire des sciences du génie chimique (aujourd’hui LRGP). Sa thèse porte sur les écoulements gaz-liquide, un sujet fondamental pour de nombreux procédés industriels.

Cette approche fine, à l’interface du génie des procédés et de la mécanique des fluides, donne lieu à de nombreuses publications scientifiques et pose les bases de ce qui deviendra sa spécialité. Durant sa thèse, il assure également des travaux pratiques à la faculté de pharmacie, une première immersion dans l’enseignement.

« J’ai toujours eu du mal à séparer l’envie d’enseigner et celle de faire de la recherche. La thèse ouvrait précisément sur ce métier d’enseignant-chercheur, qui permet de faire les deux.»

Après sa soutenance en 2008, Nicolas Dietrich effectue une année comme attaché temporaire d’enseignement et de recherche à l’ENSIC, avant de rejoindre Toulouse en 2009 à la suite d’un concours de maître de conférences. Il intègre le Toulouse Biotechnology Institute (TBI) à l’INSA de Toulouse, dans un environnement scientifique particulièrement dynamique.

Ses recherches prolongent directement celles de sa thèse, toujours centrées sur les écoulements gaz-liquide, qu’il applique de plus en plus aux enjeux environnementaux, notamment liés à l’eau, à l’énergie et aux procédés durables.

Cette activité scientifique soutenue se traduit par de nombreuses publications, des brevets, des projets collaboratifs et une reconnaissance internationale. Entre 2021 et 2024, il figure dans le classement de l’université de Stanford recensant les 2 % de chercheurs les plus cités au monde dans leur discipline.

« C’est forcément gratifiant. Dans nos métiers, les signes de reconnaissance sont rares. Mais ce qui me fait surtout plaisir, c’est que ce sont des travaux collectifs, menés avec des équipes, des doctorants, des ingénieurs. »

Innover en pédagogie pour répondre aux enjeux contemporains

Parallèlement à ses recherches disciplinaires, Nicolas Dietrich développe très tôt un intérêt marqué pour la pédagogie. Confronté à l’évolution des publics étudiants, il expérimente de nouvelles approches : escape games pédagogiques, ludification des cours, pédagogies par projet, dispositifs hybrides et à distance.

« Il n’y a pas une pédagogie parfaite. Les étudiants sont tous différents. Ce qui fonctionne, c’est de les placer dans des situations engageantes, surprenantes, proches de la réalité. »

Ces expérimentations deviennent progressivement un véritable champ de recherche, donnant lieu à plusieurs publications scientifiques sur les pédagogies actives. Il s’investit également dans des dispositifs d’apprentissage par challenge et dans des formations internationales, notamment au sein de l’alliance européenne ECIU University.

« Mettre les étudiants face à de vrais problèmes, portés par des associations ou des collectivités, les déstabilise au début. Mais c’est exactement ce qu’ils vivront ensuite dans le monde professionnel. »

La Grande Synchr’EAU : quand la recherche rencontre la société

C’est à la croisée de ces engagements que naît La Grande Synchr’EAU, projet de sciences participatives lancé dans le cadre de la Nuit européenne des chercheurs. L’idée est ambitieuse : mobiliser des milliers de citoyens pour mesurer simultanément la qualité de l’eau, partout en France, le même jour.

« On voulait produire des données environnementales à grande échelle, mais aussi sensibiliser le grand public à la question de l’eau. »

Les données collectées sont mises en libre accès, conformément aux principes de la science ouverte. Le projet s’accompagne d’ateliers de restitution et de co-interprétation, notamment avec des établissements scolaires, ainsi que d’une étude sociologique sur l’engagement des participants.

La médaille de la médiation scientifique vient ainsi reconnaître une démarche de co-création de connaissances, où chercheurs, citoyens, enseignants et élèves contribuent ensemble à produire et comprendre des résultats scientifiques.

Un message aux doctorants : profiter pleinement de la thèse

Habitué à encadrer de jeunes chercheurs, Nicolas Dietrich porte un regard très positif sur la période doctorale, qu’il considère comme un moment privilégié.

« La thèse est une période fantastique. C’est un des rares moments où l’on peut se consacrer pleinement à une question scientifique et en devenir un véritable expert. »

Il encourage les doctorants à tirer parti de cette liberté, à écrire tôt, à communiquer, à enseigner, même s’ils ne se destinent pas à une carrière académique.

« L’enseignement est un excellent moyen d’apprendre à structurer sa pensée et à transmettre. Ce sont des compétences essentielles, quel que soit le métier que l’on exercera ensuite. »

Un conseil qui résume bien l’esprit de son parcours : curieux, engagé, et résolument tourné vers le partage des savoirs.

Nous remercions Nicolas Dietrich pour ce témoignage.