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Frontaliers & Territoires : la plus-value d’un partenariat Université – Acteurs du territoire


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Temps de lecture : 5 minutes

Factuel a pris part à la conférence « Frontaliers & Territoires. Croiser expertises et expériences pour éclairer les enjeux du travail frontalier », un rendez-vous dédié aux dynamiques socio-économiques de la Grande Région. La conférence a réuni divers acteurs et institutions du territoire, invités à partager leurs analyses et leurs expériences autour d’un phénomène structurant depuis plusieurs décennies : le travail frontalier. Elle a été introduite par Stéphane Leymarie, Vice-président Stratégie territoriale et Vie institutionnelle de l’Université de Lorraine, Christophe Strassel, président de la Chambre régionale des comptes Grand Est, Christian Wille, directeur de l’UniGR-Center for Border Studies, Brigitte Torloting, Vice-présidente de la Région Grand Est, et Vivien Heim, directeur régional adjoint de l’Insee Grand Est.

« Véritable carrefour entre le local et l’international, la Grande Région vit au rythme des mobilités quotidiennes de plus de 202 000 Français franchissant chaque jour l’une des quatre frontières pour exercer leur activité en Suisse, au Luxembourg, en Allemagne ou en Belgique », souligne Vivien Heim.

Les écarts de rémunération constituent un moteur majeur de ces déplacements : le salaire suisse reste en moyenne 2,6 fois supérieur à celui pratiqué en France, contre 1,7 fois au Luxembourg, 1,5 fois en Allemagne et 1,3 fois en Belgique. Les flux transfrontaliers vers la France demeurent, en revanche, très minoritaires. Pour 60 actifs quittant le territoire national afin de travailler à l’étranger, on ne compte qu’un seul entrant des pays frontaliers. Le déséquilibre est particulièrement marqué selon les zones frontalières : dix sortants pour un entrant sur l’axe France-Belgique, et jusqu’à 200 sortants pour un seul entrant en provenance de Suisse ou du Luxembourg. Il ressort également que les salariés frontaliers entrants occupent, en moyenne, des postes plus qualifiés que les travailleurs non frontaliers. Parmi les cadres dans un même secteur d’activité, les salariés frontaliers entrants sont mieux rémunérés que les non-frontaliers.

La première table-ronde consacrée au travail frontalier a rassemblé Rachid Belkacem, Maître de conférences en sociologie à l’Université de Lorraine, Isabelle Pigeron-Piroth Chercheuse en géographie à l’Université du Luxembourg, Alexandre Parment, Chargé de mission sur l’Emploi et la Formation en contexte transfrontalier à la Région Grand Est, Irene Rasia, Chargée d’évaluation Emploi-Chômage-Retraite à l’UNEDIC et Lionel Viglino, Administrateur de l’Insee.

Le débat a porté sur une question centrale : l’avantage salarial offert par le travail frontalier peut-il contrebalancer les contraintes quotidiennes, telles que les déplacements prolongés, les embouteillages incessants et l’épuisement lié à la mobilité ?

Beaucoup choisissent désormais de privilégier la qualité de vie, quitte à percevoir un revenu inférieur, plutôt que de sacrifier leurs temps et leur équilibre personnel. Aussi se pose la question du véritable gain du travail transfrontalier face aux contraintes résidentielles et à la ségrégation socio-spatiale qu’il engendre, notamment dans la ville de Thionville et ses environs, où le marché immobilier atteint des sommets. En effet, les motivations demeurent très variées : les attaches familiales, les perspectives professionnelles ou encore les conditions de travail sont des facteurs décisifs dans le choix du pays employeur.

Niklas Schulz, chercheur contractuel au LOTERR et co-organisateur de cette conférence, a animé la seconde table-ronde axée sur les stratégies territoriales qui a rassemblé Philippe Buzzi, Vice-Président de la Chambre Régionale des Comptes Grand Est, Franz Clément, Chercheur au Luxembourg Institute of Socio-Economic Research (LISER), Nicolas Greiner, Chercheur à l’Université de Liège, Frédéric Marsal, Chargé d’études à l’Observatoire Interrégional du marché de l’Emploi et Michaël Vollot, Chargé d’études Conditions de Vie et Observation Transfrontalière à l’AGAPE Lorraine Nord.

Chaque participant a mis en lumière un aspect positif des dispositifs actuels : les accords bilatéraux, la bonne gestion de crise ou encore les avancées en matière d’emploi. Mais ces réussites ne suffisent pas à masquer certaines faiblesses structurelles. Plusieurs voix ont pointé le déséquilibre économique créé par le travail transfrontalier, ainsi que la faible intégration institutionnelle. La question de l’indemnisation des travailleurs inscrits comme demandeurs d’emplois après la perte d’un emploi frontalier illustre particulièrement ces tensions. La France verse les allocations chômage à des demandeurs d’emplois ayant cotisé dans le pays voisin où ils exerçaient leur emploi : une situation jugée injuste et coûteuse. En effet, c’est un peu une triple peine pour la caisse française d’assurance-chômage : payer les indemnisations de chômage sur le budget français, alors que les frontaliers ont cotisé au Luxembourg ; ne se faire rembourser par le Luxembourg que 3 mois d’indemnisations quelle que soit la durée du chômage, alors que le règlement 883/2004 prévoit que ce remboursement peut aller jusqu’à 5 mois ; enfin, payer ces indemnisations chômage à la hauteur des revenus luxembourgeois, bien plus élevés qu’en France.

La conférence s’est achevée sur le mot de conclusion de Grégory Hamez, professeur de géographie à l’Université de Lorraine, responsable du master en « Border Studies » et co-organisateur de cette conférence, qui a rappelé l’importance de ce type de débats pour nourrir la réflexion collective et renforcer les liens entre recherche, institutions et territoire.

Lire l’article sur le site du Loterr :  https://loterr.univ-lorraine.fr/conference-frontaliers-territoires-croiser-expertises-et-experiences-pour-eclairer-les-enjeux-du-travail-frontalier/

Crédits des photos : Denise Rodrigues, UniGR-Center for Border Studies