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Forêt & Santé : quand la science explore les bienfaits de la nature


Temps de lecture : 8 minutes

En cette mi-février, à l’ENSTIB, le naturaliste Michel Munier a pris la parole pour soutenir le projet de thèse Forêt & Santé, un chantier scientifique ambitieux consacré aux liens entre forêt et santé — une recherche interdisciplinaire qui veut mesurer, comprendre et démontrer ce que la nature produit sur le corps et l’esprit. Ce projet associe l’ENSTIB, le LERMAB (Laboratoire d’Études et de Recherche sur le Matériau Bois), la Faculté de médecine de Nancy et l’ONF. Il a été présenté à l’occasion d’une conférence de presse.

Une intuition ancienne désormais étudiée scientifiquement

« Quand on marche en forêt, l’esprit s’apaise », a introduit Caroline Simon, enseignante-chercheuse, qui accompagne le projet depuis près de cinq ans. « À travers cette thèse, nous souhaitons mesurer et démontrer ce que la forêt peut apporter à la santé. »

Depuis une vingtaine d’années, des travaux menés à l’international montrent que les environnements forestiers peuvent réduire certains marqueurs du stress et améliorer le bien-être. Les chercheurs s’intéressent notamment aux composés naturels émis par les arbres — en particulier les terpènes — susceptibles d’influencer les fonctions physiologiques.

En France, ce champ reste encore peu exploré. Le projet de thèse Forêt & Santé entend combler ce manque en développant une approche scientifique rigoureuse mêlant chimie de l’environnement, sciences forestières et médecine. L’objectif est d’identifier les molécules présentes dans l’air forestier, de comprendre leurs variations selon les milieux et d’évaluer leurs effets sur la santé humaine.

Michel Munier, parrain de la future thèse, confirme son engagement, avec un clin d’œil à l’ancien directeur de l’ENSTIB, Pascal Triboulot : « Nous sommes dans l’école du bois et je suis l’homme de la forêt. En 1976, j’ai été atteint d’un cancer et j’ai pu constater à quel point le temps passé en forêt était source d’un immense réconfort. »

Gisèle Kanny ,  responsable de l’équipe GRICE (Groupe de recherche sur les Interactions et les Communications Environnementales) et professeure au sein du laboratoire Interpsy (Université de Lorraine) rappelle qu’au Japon, des études sur les effets de la nature sur la santé mentale ont été lancées après une augmentation significative du taux de suicides et de burnout. « Il a été prouvé que des sorties en plein air et en forêt avaient un impact sur la santé. »

Une attente sociétale forte

Cette recherche s’inscrit dans un contexte où la nature est de plus en plus perçue comme un levier de bien-être. Les pratiques de fréquentation de la forêt à des fins de ressourcement se développent, tandis que les enjeux de santé mentale occupent une place centrale dans le débat public. Le projet vise à dépasser le simple ressenti pour produire des données mesurables, capables d’éclairer les politiques de santé et d’aménagement.

Les premières études de faisabilité menées à l’ENSTIB en 2024, à travers deux PRD (projets de recherche et développement), ont déjà permis d’identifier treize molécules d’intérêt présentes dans les forêts vosgiennes, ouvrant la voie à une exploration plus approfondie dans le cadre doctoral.

Les Vosges comme laboratoire à ciel ouvert

Le territoire de Darney–La Vôge, récemment labellisé Forêt d’Exception®, constitue un terrain d’étude privilégié. Sa diversité forestière et son héritage thermal offrent un contexte unique pour croiser analyses environnementales et approches cliniques.

La thèse prévoit notamment de mesurer les émissions de composés forestiers selon les essences, les saisons ou les conditions climatiques, et d’évaluer leurs effets sur le bien-être ainsi que sur les fonctions respiratoires, cardiovasculaires et psychologiques. Les études pourront concerner aussi bien le grand public que des curistes ou des personnes souffrant de pathologies chroniques.

Timothée Daguinot, chargé de mission pour l’ONF, insiste : « Le territoire de la Forêt d’Exception de Darney–La Vôge est un laboratoire exceptionnel, car il possède tous les peuplements de la forêt vosgienne, à travers des paysages très variés. »

Pascal Triboulot ajoute que ce territoire présente également l’intérêt d’être particulièrement calme et de proposer un environnement propice aux observations. Il évoque les travaux du chercheur suisse Ernst Zürcher, qui considère que le chant des oiseaux en forêt stimule la croissance des arbres — un domaine exploré par la bioacoustique végétale, qui étudie l’influence des vibrations sonores sur la physiologie des plantes. Le chant des oiseaux, en produisant des oscillations dans l’air, pourrait agir sur l’ouverture des stomates et améliorer les échanges gazeux et l’absorption de nutriments. À l’inverse, le bruit pourrait avoir des effets négatifs.

Une équipe pluridisciplinaire engagée

Le projet repose sur une collaboration étroite entre spécialistes de différents domaines. La future doctorante pressentie, Aurélie Gouneaud, ingénieure diplômée de l’ENSTIB, s’inscrit dans la continuité des études préliminaires auxquelles elle a contribué.

L’encadrement scientifique associe la professeure Gisèle Kanny, spécialiste de médecine et de thermalisme à l’Université de Lorraine, et Caroline Simon, enseignante-chercheuse au LERMAB et experte en qualité environnementale. À leurs côtés, Timothée Daguinot, chargé de mission Forêt d’Exception à l’ONF, assure le lien avec le territoire et la gestion forestière. Le parrainage de Michel Munier apporte une dimension sensible et pédagogique, rappelant que cette recherche touche aussi à notre relation intime avec la nature.

Un réseau de partenaires au service d’un projet territorial

La thèse s’inscrit dans une dynamique collective mobilisant acteurs académiques, gestionnaires forestiers et partenaires territoriaux. L’ENSTIB, le LERMAB, la Faculté de médecine de Nancy et l’ONF constituent le socle scientifique et opérationnel du projet. À l’échelle locale, la démarche s’articule avec le programme Forêt d’Exception Darney–La Vôge, les acteurs du thermalisme et les collectivités engagées dans le développement durable du territoire.

Ce réseau vise à garantir que les résultats scientifiques puissent nourrir des applications concrètes : santé préventive, valorisation environnementale, innovation touristique ou nouvelles pratiques forestières.

Des retombées qui dépassent le cadre académique

Au-delà de la recherche fondamentale, les perspectives sont multiples : meilleure compréhension des mécanismes liés au stress, développement d’approches de bien-être fondées sur la nature, renforcement de l’offre thermale, innovation dans la gestion forestière et attractivité territoriale.

En filigrane, le projet interroge notre rapport à la forêt : comment intégrer ses bénéfices dans les politiques publiques et les usages contemporains, tout en préservant ses équilibres ?

Transformer une intuition en savoir

Le lancement de cette thèse marque une étape importante : donner une base scientifique solide à une expérience universelle. Comme le souligne Michel Munier, la forêt est un lieu d’émotion et d’équilibre ; la recherche ambitionne désormais d’en révéler les mécanismes.

Entre science, territoire et santé publique, le projet Forêt & Santé ouvre une voie nouvelle : celle d’une connaissance capable de relier l’humain à son environnement — de façon mesurable, durable et partagée.

Aurélie, la future doctorante, conclut les échanges : « Je veux que ce projet de thèse aboutisse, car il correspond en tous points à ce qui me porte. Je souhaite donner un sens à ma carrière. »

Le nerf de la guerre

Le lancement de la thèse Forêt & Santé dépend désormais d’un enjeu très concret : son financement. Sur trois ans, le projet nécessite environ 165 000 euros afin de couvrir le salaire de la doctorante, les expérimentations scientifiques, les analyses et les moyens universitaires associés.

Une première dynamique est déjà engagée grâce au soutien de partenaires publics et privés, mais l’équilibre financier reste à consolider. L’objectif est clair : permettre à cette recherche, ancrée dans le territoire et porteuse d’applications en santé et en développement local, de voir le jour dans les meilleures conditions.

Collectivités, entreprises et mécènes sont ainsi invités à contribuer à un projet qui dépasse le cadre académique pour s’inscrire dans une démarche d’intérêt général — faire progresser la connaissance scientifique au service du bien-être et du territoire.

Pour contribuer, professionnels et particuliers peuvent faire un don défiscalisé via le lien dédié