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Partenaire de l’Université de Lorraine depuis la signature d’un premier memorandum of understanding (MoU) en février 2018, Tohoku University s’est imposée au fil des années comme un acteur clé de la coopération internationale de l’UL. Ce partenariat stratégique, qui mobilise l’ensemble des composantes en formation comme en recherche, se traduit par des mobilités étudiantes et enseignantes régulières, des appels à projets conjoints cofinancés, des collaborations scientifiques pluridisciplinaires et des thèses en cotutelle. Alors que l’UL et Tohoku University s’apprêtent à célébrer prochainement le dixième anniversaire de leur coopération, cette interview donne la parole à Flore Albani et Manon Gaugé, étudiantes en M2 psychologie clinique du développement, pour illustrer concrètement l’impact de ce partenariat sur les parcours académiques et humains. Elles ont effectué un stage de recherche d’une durée de deux mois et demi au sein du laboratoire de l’Université de Tohoku, situé à Sendai, au Japon. Leur recherche commune portait sur l’activité cérébrale lors de la présentation de stimuli en lien avec la mort, la sagesse et la vie, en référence notamment au concept japonais de l’Ikigai.
Qu’est-ce qui vous a motivéeS à participer à ce stage ?
Flore Albani : La proposition de ce stage au Japon, par notre professeur M. Dinet, représentait pour moi une occasion unique de terminer mes études de manière symbolique, en alliant voyage, immersion culturelle et développement d’une expérience avant de me lancer dans le monde professionnel. Le sujet du stage m’a semblé très intéressant et le laboratoire dans lequel j’allais travailler m’a beaucoup intéressée (Institut of Development, Aging and Cancer), notamment car pendant plusieurs mois, j’allais être plongée dans le quotidien d’un laboratoire de recherche. J’ai vu dans cette proposition de stage une occasion unique d’enrichir profondément mon expérience personnelle. Au-delà de l’aspect professionnel, cette expérience me permettrait de découvrir le quotidien au Japon, de m’immerger dans sa culture et d’enrichir mon ouverture d’esprit, mon autonomie et ma compréhension interculturelle. Je ne voulais pas passer à côté d’une telle opportunité, rare et précieuse, qui ne se présente peut-être qu’une seule fois dans une vie. Ainsi, j’ai vu dans ce stage l’occasion d’allier expériences et enrichissement personnel et professionnel.
Manon Gaugé : Ma motivation à participer à ce stage de recherche reposait sur plusieurs dimensions.
Tout d’abord, le désir de découvrir le Japon, sa culture et ses modes de pensée, dans un cadre autre que touristique. Ensuite, l’opportunité d’explorer une approche différente de l’accompagnement de la personne âgée, ainsi que des thématiques de recherche particulièrement riches et porteuses de sens, proposées par le laboratoire. Enfin, ce stage représentait pour moi une occasion d’approfondir mes compétences en psychologie, notamment dans le domaine de la recherche, et constituait un réel atout dans la construction de ma future pratique professionnelle en tant que psychologue.
Y a-t-il un moment pendant votre séjour qui vous a particulièrement marquéeS et pourquoi ?
FA : De nombreux moments ont marqué mon séjour, mais s’il ne fallait en retenir qu’un, ce serait le dîner que nous avons partagé dans un restaurant japonais traditionnel avec notre professeur et plusieurs membres du laboratoire. Quelques jours auparavant, Manon et moi avions évoqué le fait que nous n’avions pas encore eu l’occasion de découvrir ce type de restaurant. Notre professeur nous a alors spontanément proposé de s’y rendre avec d’autres collègues du laboratoire. Cette invitation, ainsi que la soirée qui a suivi, illustrent parfaitement la générosité et l’accueil chaleureux dont nous avons bénéficié tout au long de notre séjour. Il tenait sincèrement à ce que nous nous sentions à l’aise et à nous faire découvrir le Japon au-delà du cadre académique. Grâce à lui, nous avons énormément appris sur la culture japonaise, et son encadrement s’est toujours distingué par une grande disponibilité et une profonde bienveillance. Ce soir-là, nous avons découvert l’atmosphère des soirées traditionnelles entre amis ou collègues, partagé de nombreux plats, chacun tenant à nous faire goûter aux spécialités et passé un moment ponctué de rires et d’échanges. Au-delà du stage en lui-même, cet instant témoigne de la chance que nous avons eue de vivre des rencontres humaines authentiques, riches et sincères.
MG : De nombreux moments ont marqué mon séjour, tant sur le plan personnel que professionnel. Chaque lieu visité, chaque rencontre et chaque instant vécu ont contribué à rendre cette expérience unique. Si je devais néanmoins en retenir un, il s’agirait de la découverte du premier temple dans la ville de Sendai, quelques jours après notre arrivée. Le temps semblait suspendu : le paysage était saisissant et chaque détail du jardin captait mon attention. Ce moment symbolisait le véritable début de cette immersion et m’a permis de prendre pleinement conscience de la chance que j’avais de vivre une telle expérience, à l’autre bout du monde, dans un environnement totalement inédit. Sur le plan académique, un autre moment marquant a été la présentation des résultats de notre recherche aux chercheurs du laboratoire, lors de notre avant-dernier jour. Malgré un nombre de participants relativement restreint, les résultats se sont révélés très concluants. Les chercheurs ont alors décidé de poursuivre l’étude à plus grande échelle afin de confirmer ces premiers résultats. Ce moment a été particulièrement valorisant pour moi, car il représentait l’aboutissement concret de ces deux mois et demi de travail de recherche.
Quelles compétences (académiques, interculturelles, communication, réseau…) avez-vous le plus développé/utilisé ?
FA : Cette expérience m’a tout d’abord permis de développer mes compétences en communication, notamment en anglais, langue dans laquelle nous avons réalisé notre recherche. Aussi, je dirais que j’ai beaucoup évolué sur le plan interculturel. Vivre et travailler dans un pays dont je ne maîtrisais ni la langue ni les codes culturels m’a obligée à m’ouvrir davantage aux autres et à m’adapter à des modes de vie différents de ceux auxquels j’étais habituée en France. Cette ouverture a été essentielle pour créer du lien et découvrir le pays de manière authentique. J’ai également gagné en autonomie et en confiance en moi. Ce stage m’a offert une grande liberté de travail, contrairement au cadre universitaire classique plus encadré. Notre professeur nous a fait confiance tout en restant disponible pour nous accompagner. Dans ce contexte, nous avons mené une expérience scientifique et rédigé un article de manière autonome, ce qui m’a permis de prendre conscience de ma capacité à mener un projet académique sérieux, tant sur le plan personnel que professionnel.
MG : La capacité d’adaptation a été une compétence centrale durant ce séjour. Il a été nécessaire d’apprendre et de respecter les codes sociaux, les habitudes et les traditions de la culture japonaise, parfois très éloignées des références occidentales. Sur le plan de la communication, la barrière linguistique constituait un défi, l’anglais n’étant pas systématiquement maîtrisé par l’ensemble des interlocuteurs. La communication non verbale a donc occupé une place importante dans les échanges, renforçant ma capacité d’observation et d’ajustement. Concernant les compétences académiques, ce stage m’a permis de développer une forte autonomie dans le travail de recherche. Bien que nous ayons bénéficié de l’accompagnement de notre tuteur japonais, nous disposions d’une grande liberté dans la conception, la mise en œuvre et l’analyse de notre recherche. Enfin, cette expérience m’a permis de découvrir et de m’approprier certaines philosophies de vie japonaises, notamment à travers des concepts que je ne connaissais pas auparavant, et qui ont profondément enrichi mon regard sur la vie et sur ma pratique future.
Si vous deviez convaincre un·e autre étudiant·e d’aller à l’étranger, que lui diriez-vous ?
FA : Partir à l’étranger constitue une expérience profondément formatrice, tant sur le plan professionnel que personnel. Ce stage m’a permis de progresser dans ma construction professionnelle tout en m’apportant une véritable richesse humaine. Sur le plan académique et professionnel, nous avons mené une étude de recherche de manière largement autonome. La confiance qui nous a été accordée s’est révélée particulièrement valorisante et représentative d’une réelle expérience professionnelle. Au-delà de l’aspect professionnel, cette expérience s’est avérée extrêmement constructive sur le plan personnel. J’ai gagné en autonomie et en confiance en moi, tout en ayant la chance de découvrir une culture que je n’aurais jamais imaginé pouvoir connaître d’aussi près. Ces trois mois passés sur place ont permis une immersion réelle dans le pays, ses habitudes et ses modes de vie. Enfin, bien qu’il s’agisse d’un stage de recherche impliquant un travail régulier en semaine, nous avons eu la chance de découvrir de nombreuses villes et régions du Japon, seules mais aussi en compagnie de notre professeur. Il nous a fait découvrir son pays à travers des restaurants traditionnels, des mets que nous n’aurions pas osé goûter seules, des activités culturelles, ainsi que la découverte de temples et sanctuaires remarquables. Cette relation, fondée sur la bienveillance, l’échange et l’intérêt mutuel, a grandement contribué à la richesse de cette expérience. L’accueil chaleureux et la générosité dont nous avons bénéficié l’ont rendue d’autant plus mémorable. Pour conclure, partir à l’étranger signifie sortir de sa zone de confort, apprendre sur le monde et sur soi-même, et vivre une expérience dont on ressort grandi. Je ne retiens aucun aspect négatif de ce stage. Au contraire, il m’a profondément marquée, tant sur le plan personnel que professionnel. Je recommande sincèrement à celles et ceux qui hésitent encore de se lancer dans ce type d’expérience, car elle laisse une empreinte durable. Le retour s’est d’ailleurs révélé plus difficile que le départ, avec l’esprit et le cœur remplis de souvenirs, de rencontres et d’apprentissages.
MG : Je dirais que partir à l’étranger est une expérience unique, profondément transformatrice, qui modifie durablement la manière de voir le monde, les autres et soi-même. C’est une expérience qu’il est difficile de comprendre sans l’avoir vécue. Ce séjour a été pour moi un véritable levier de développement personnel et professionnel. J’y ai appris sur moi-même des choses que je n’aurais jamais pu découvrir dans un autre contexte. J’ai également acquis des compétences précieuses et découvert une culture dans toutes ses dimensions, bien au-delà d’un simple cadre touristique. Enfin, travailler au sein d’un laboratoire japonais m’a permis d’appréhender une vision différente du travail, de la recherche et de la place de l’individu dans la société. C’est cette immersion globale qui fait toute la richesse d’un séjour à l’étranger et qui en fait une expérience profondément marquante et formatrice.



