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Lauréate de l’appel à projet de financement de contrats doctoraux à orientation entrepreneuriale du programme ORION, Laura Boulangé développe une thèse en biologie à visée entrepreneuriale, récemment distinguée par son intégration à la 14ᵉ promotion du programme RISE du CNRS. Son parcours illustre les opportunités offertes par ORION pour faire vivre la recherche, l’innovation et l’entrepreneuriat, de la production de connaissances jusqu’à leur mise en pratique et leur valorisation. Doctorante et manageuse du club ORION Mat&Met, elle s’engage également dans la transmission de la recherche par la pratique, au contact d’étudiantes et d’étudiants à partir de la L2.
Factuel : Pouvez-vous revenir sur votre parcours et expliquer ce qui vous a conduite à choisir un contrat doctoral à orientation entrepreneuriale dans le cadre du programme ORION ?
Laura : « Je vais essayer d’être brève, mais je n’ai pas un parcours très « classique ». J’ai commencé en tant que technicienne au sein de l’équipe de recherche dans laquelle je suis actuellement en doctorat (CImIND, laboratoire IMoPA). Pendant cinq années, j’ai enchaîné des CDD sur le même type de missions. On m’a ensuite proposé de passer le concours de la fonction publique pour pérenniser ce poste, mais ma décision finale a été de partir, car je ne me retrouvais pas vraiment dans ce métier. Finalement, grâce à une suite d’imprévus, je suis revenue au sein de la même équipe, mais cette fois sur un poste différent : j’étais employée par la SATT Sayens sur un projet de maturation de brevet, toujours dans le même laboratoire et la même équipe. Grâce à ce statut et à mon encadrement, j’ai pu reprendre mes études.
Une fois le brevet terminé et mon équivalence de M2 obtenue, une question s’est posée : que faire de ce brevet ? Après tant de travail sur un projet auquel nous croyons et que nous souhaitons amener jusqu’à la clinique, ma directrice (Pr Maud D’Aveni-Piney), l’ancienne doctorante à l’origine du projet (Dr Anne-Béatrice Notarantonio) et moi-même avons pris la décision de nous lancer dans l’aventure de l’entrepreneuriat afin de valoriser notre propriété intellectuelle et de porter ce produit de thérapie cellulaire jusqu’au patient.
L’objectif est, un jour, nous l’espérons, d’améliorer la qualité de vie des patients greffés et parfois même de leur sauver la vie. C’est donc assez naturellement et aussi grâce à un peu de chance, voire de sérendipité, que j’ai candidaté à un nouveau contrat doctoral à visée entrepreneuriale proposé par l’État. Nous avons obtenu le financement de mes trois années de thèse, ce qui nous permet aujourd’hui de continuer à faire avancer ce projet. »
Factuel : Votre projet de thèse s’inscrit dans le développement d’une immunothérapie innovante basée sur les e-MDSCs. Comment la recherche nourrit-elle concrètement le projet de start-up ?
Laura : « La recherche est au cœur du projet, car elle nous a permis de financer et de réaliser notre Proof of Concept (POC). Les résultats issus de mon Master, puis du développement préclinique, nous ont permis de démontrer l’efficacité de la stratégie thérapeutique, de déposer notre brevet et ainsi de commencer à dé-risquer le projet.
En pratique, chaque avancée scientifique nourrit directement la structuration de la startup : les données produites en laboratoire servent à consolider la preuve de concept, à renforcer la crédibilité du projet et à préparer les futures étapes de développement réglementaire et clinique.
C’est aussi la partie la plus complexe de l’histoire, car tout l’enjeu est de valoriser ces résultats et de réussir le transfert de technologie vers un secteur encore en grande partie inconnu pour nous. Cela implique d’apprendre à transformer un projet de recherche en un produit de santé structuré, répondant à des contraintes industrielles, réglementaires et économiques nouvelles, tout en conservant l’exigence scientifique qui fait la force du projet. »
Factuel : Quel rôle joue l’encadrement scientifique et institutionnel dans la sécurisation et la crédibilité du projet ?
Laura : « Il joue un rôle primordial. Il nous apporte avant tout une sécurisation scientifique, réglementaire et stratégique de notre produit, permettant à terme de le dé-risquer.
Dans ce type de startup que l’on peut qualifier de deeptech biotech à haut risque mais à fort potentiel, la solidité de la preuve scientifique et la qualité de l’encadrement sont indispensables. L’encadrement scientifique garantit la rigueur méthodologique, la reproductibilité des résultats et la pertinence du développement préclinique et clinique. Il permet de structurer le projet selon les exigences du monde académique et médical, condition essentielle pour envisager un transfert vers la clinique.
L’encadrement institutionnel, quant à lui, apporte un cadre sécurisant sur les aspects réglementaires, juridiques et de valorisation. Il nous aide à anticiper les exigences des autorités de santé, à structurer notre propriété intellectuelle et à crédibiliser le projet vis-à-vis des partenaires industriels et des investisseurs.
Sans cette double expertise, un projet de cette nature ne pourrait tout simplement pas voir le jour. Elle constitue aujourd’hui un véritable levier de confiance, autant pour nous que pour les acteurs extérieurs amenés à nous accompagner. »
Factuel : Votre projet a été sélectionné dans la 14ᵉ promotion du programme RISE du CNRS. Que représente cette reconnaissance pour votre projet et votre parcours ?
Laura : « Ce programme va nous permettre de relever des défis que nous ne pourrions pas atteindre seules. La mise en place de RISE est un véritable atout pour les projets issus de la recherche académique, en particulier lorsque l’on n’a que peu ou pas de notions entrepreneuriales. Il va nous permettre de nous former efficacement, de bénéficier d’un suivi régulier et de véritables temps d’échanges, tout en développant notre réseau à l’international et en profitant de l’ensemble des avantages qu’offre le CNRS.
C’est un réel besoin pour ce type de projet, et nous ne pouvons qu’être reconnaissantes de tous les outils et de l’accompagnement mis à disposition pour nous aider dans cette aventure.
Concernant mon parcours, je vois ce programme comme une opportunité de progresser et de m’améliorer dans ce monde encore très flou pour moi de la startup. Ayant une formation très scientifique, le programme RISE représentera une véritable plus-value tout au long de ma thèse. »
Factuel : Comment imaginez-vous la suite de votre parcours à l’issue de ce doctorat entrepreneurial ORION ?
Laura : « Très logiquement, j’aimerais poursuivre au sein de la startup que nous avons créée, si cela est possible. Bien sûr, cela dépendra des premières levées de fonds et de l’évolution du projet, mais l’objectif serait à terme d’intégrer un poste de CTO (Chief Technical Officer) à 100 % dans l’entreprise. Même si nous ne sommes certaines de rien et que nous avançons pas à pas, je reste convaincue que cette opportunité ne peut être qu’un plus dans un parcours professionnel. En particulier en France, où le monde de la recherche commence à s’ouvrir à des profils hybrides, à la fois scientifiques et entrepreneuriaux, ce type de doctorat représente une véritable valeur ajoutée.
Il me permet de me positionner à l’interface entre la recherche, le transfert technologique et l’innovation, et d’envisager une carrière tournée vers l’impact concret de la recherche sur le patient et la société. »
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