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Do you speak European ? Le théâtre pour dépasser les frontières


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Temps de lecture : 5 minutes

Un programme européen pour créer sans frontières

Dans le cadre du BIP (Blended Intensive Programme) « Do you speak European ? », un programme de mobilité courte financé par l’Union européenne, des étudiant·es de la Grande Région ont eu l’opportunité de rencontrer leurs collègues frontaliers et de se lancer dans un travail dramaturgique sous la direction de Catherine Umbdenstock, metteuse en scène franco-allemande. Ensemble, ils et elles ont apprivoisé les barrières linguistiques tout en explorant les mécanismes du théâtre.

Ce workshop trinational, initié par l’Université de Lorraine en coopération avec l’Université de la Sarre et l’Université du Luxembourg, a été organisé par Marie Urban, responsable du Master « Mise en scène et Dramaturgie en Europe ». Il s’inscrit dans l’atelier « Interprètes dans un contexte européen » et s’est tenu à l’EBMK sur le campus du Saulcy.

Découverte du métier et exploration artistique

Vingt-deux étudiant·es ont découvert le métier de metteur·e en scène et de comédien·ne. Divisé·es en quatre groupes, ils et elles ont travaillé à partir de quatre textes pour créer et interpréter une scène théâtrale, présentée le vendredi 3 octobre devant un public venu assister à ce dernier temps du workshop.

Les textes sélectionnés — Fin de partie de Samuel Beckett, Europe Connexion d’Alexandra Badea, Europe Is Lost de Kae Tempest et Don Karlos de Friedrich Schiller — proposaient des regards variés, classiques et contemporains, autour d’un même thème : l’Europe.

Catherine Umbdenstock : l’Europe au cœur du processus artistique

« Le théâtre retranscrit la réalité du plurilinguisme d’aujourd’hui », affirme Catherine Umbdenstock. Originaire d’Alsace, région au carrefour franco-allemand, elle a connu l’Europe d’avant Schengen. Ses études l’ont menée de Strasbourg à Paris III Sorbonne-Nouvelle, puis à l’École Ernst Busch de Berlin.

Pour elle, le théâtre est à la fois un besoin social et un pont politique : « Nous sommes tous héritiers et héritières de cet art traditionnel ». Désireuse de préserver son double ancrage culturel, elle partage aujourd’hui son activité entre Paris, Strasbourg et Berlin. En 2012, elle fonde l’ensemble franco-allemand Epik Hotel à Strasbourg.

Travail collectif, outils dramaturgiques et plurilinguisme

L’objectif du workshop : offrir une véritable boîte à outils pour la mise en scène. Respect, coopération et esprit d’équipe : autant de valeurs essentielles que les étudiant·es ont mis en pratique.

En quatre jours, les participant·es — aux profils variés mais animé·es par l’envie d’échange culturel — ont appris à travailler en groupes pluriculturels, à communiquer au-delà des langues, et à utiliser le corps comme vecteur d’expression. Les cours étaient traduits en français et en allemand, parfois complétés par les traductions improvisées d’étudiant·es.

Le matin était consacré aux échanges, questions et exercices d’échauffement ; les après-midi, au travail autonome des groupes, guidé par des retours critiques sur gestes et intentions.

L’Europe en scène : visions multiples et créativité

« Chaque pièce reflète une vision différente de l’Europe », souligne Catherine Umbdenstock. Les étudiant·es ont abordé l’incommunicabilité, l’influence des lobbies, la surconsommation en Europe de l’Ouest ou encore la lutte pour la liberté de pensée. Leur créativité comme metteur·es en scène et comédien·nes a été saluée.

Ce qui a le plus marqué la metteuse en scène : « Voir chacun·e trouver sa place, et assister à la naissance de nouvelles amitiés et de futures collaborations. »

Témoignage d’étudiante : apprendre, traduire, créer ensemble

Clara Vatter, étudiante allemande en Littérature et Médias européens à l’Université de la Sarre, maîtrise six langues. Elle a participé avec enthousiasme à ce projet :

« Le principal défi a été la barrière linguistique. Certain·es ne parlaient pas français, d’autres pas allemand. Nous avons parfois utilisé l’anglais, et quand c’était possible, nous traduisions nous-mêmes. Mais certaines nuances se perdaient : il fallait être très attentif·ves aux malentendus. »

Elle retient particulièrement l’apprentissage de la direction d’acteur·ices, le plaisir du travail collectif et la compréhension des mécanismes scéniques : « Ce workshop a été multilingue, diversifié, plein d’énergie et riche en rencontres. »

Une expérience européenne inspirante

Cette collaboration franco-allemande-luxembourgeoise a aussi rassemblé des étudiant·es non européens, soulignant l’ouverture du programme : « Cette amitié reste fragile mais chaque génération est responsable de la faire vivre », rappelle Catherine Umbdenstock.

Au-delà des barrières linguistiques, ce workshop illustre ce que l’Union européenne peut réaliser lorsqu’elle unit plutôt que divise : une Europe créatrice, plurielle et vivante.

Pour conclure, une phrase comme fil conducteur : « Europe is not lost. »